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Pitié pour la Pièta

World press photo ou Western press photo ? S .Aranda a remporté le 1 er prix de l’incontournable concours du photo journalisme. Son cliché fait polémique et pour cause : il met en scène une pièta islamique.

La photographie a été prise au Yémen en octobre 2011, dans une mosquée de la capitale. Celle-ci avait été reconvertie en hôpital lors des affrontements violents contre le gouvernement du président, Ali Abdallah Saleh, aujourd’hui déchu. Le cliché, publié dans le New york times, met en scène une femme portant la burqa qui serre dans ses bras un homme décharné. Provocation ? Un peu. Les chrétiens les plus extrémistes y voit une référence à la vierge à l’enfant : une humiliation. Mauvaise foi ? Pour sur ! C’est la solidarité, l’amour que célèbre cette photo. Les réactions s’enchainent démontrant une fois de plus l’égocentrisme de notre société. Si le cliché fait référence aux peintures de la Renaissance et veut probablement choquer, le vrai message n’est pas la. Il est regrettable que dans son aveuglement l’Occident ne sache plus discerner le vrai du faux. Ce n’est pas une idole mais une image universelle qui nait.

Cette femme sans visage est une personnification de la mort qui semble nous bercer. Elle est douce, maternelle. Mais c’est aussi un hommage aux femmes de la révolution arabe. Un cri. Ras le bol ! De cet égoïsme primaire, de cette suffisance planétaire, de ce racisme de plus en plus mal déguisé. Le choix du jury du World Press est plus que jamais efficace : il intrigue, il attire l’attention. Nina Berman membre du jury s’explique : « On voit rarement, dans la presse occidentale, de femme voilée dans un tel moment d’intimité. C’est comme si tous les événements des révolutions arabes se résumaient en un seul instant, un moment comme celui-ci. »

La souffrance qui imprègne cette photo touche chacun d’entre nous sans exception, athée, musulman, catholique…La photographie c’est l’art de capturer l’instant. Sur la pellicule rien ne vieillit. Si elle fait couler beaucoup d’encre aujourd’hui dans 15 ans nous continuerons de la fixer avec la même boule au ventre : piéta ou pas.