Nice – Bastia : en « Brigade Sud » avec Mario, ultra niçois

La Populaire Sud. Une véritable institution chez les supporters niçois. Depuis 1985, cette tribune est propriété de la Brigade Sud Nice, un groupe pionnier du mouvement ultra en France. J’ai assisté à Nice-Bastia en son sein. Reportage.

19h00 : l’avant-match

Pas mal de monde regroupé devant l’entrée de la tribune. Les supporters sont bien équipés. Echarpes, maillots ou encore vestes « nissartes », ils se sont mis sur leur 31. Ce soir est un soir spécial. « On ne reçoit pas Gueugnon ou Wasquehal mais Bastia » nous explique Mario, 30 ans, abonné dans cette tribune depuis 10 ans. « C’est un match spécial, on a entendu tellement de choses sur les Nice-Bastia qu’on se doit de respecter nos ancêtres en disant aux bastiais, ici, vous n’êtes pas les bienvenus. » Après une fouille pour empêcher fumigènes et autres pétards d’être introduits dans le stade, nous voilà dans la tribune. Pas de sièges, juste des marches en béton. Assis, on ne le reste pas. Rapidement, un « capo » prend place sur une petite plateforme installée à cet effet. Il s’occupe avec d’autres personnes d’animer la tribune, la faire chanter, « vibrer » comme le dit Mario. Rien n’est laissé au hasard, ils sont aussi deux à s’occuper du tambour, qui musicalise l’ensemble. « Tout le monde debout » s’exclame-t-il. Tout le monde s’exécute.

 19h30. « On fait monter la pression ».

Alors que les joueurs commencent à s’échauffer, il faut préparer le coup d’envoi. Ce soir, 2000 rouleaux de papier hygiénique rouge et noir seront lancés par les supporters. « Il faut absolument respecter la chorégraphie pour que ça rende bien. Ces rouleaux viennent d’Italie, on les achète à une entreprise spécialisée en tifo (animation de tribune ndlr) » explique Mario. A peine le temps de réceptionner le « matos », voilà que les premiers « Bastia merda » retentissent. « Même si les corses ne sont pas là ce soir, on va leur montrer que les sales gaulois, comme ils disent, sont aussi français qu’eux. Français ils sont, français ils resteront » assène Mario.

20h00. Début du match.

Les joueurs pénètrent sur le terrain sur fond de « Nissa la bella », l’hymne local. Moment choisi pour « cracker » les fumigènes, faire exploser les pétards qui ont réussi à passer la fouille et donc, lancer les papiers hygiéniques. « Un stade sans fumis, c’est comme un gâteau sans bougies » affirme Mario, « ça nous permet de nous mettre vraiment dans le match ». Les chants sont nombreux et variés. Connus et repris par toute la tribune. « Ils se transmettent naturellement. D’ailleurs ce soir, on va en « expérimenter » un nouveau, sur un air japonais ! » s’exclame Mario.

20h30. But niçois.

La tribune se transforme en véritable piste d’escalade après un but.

« Il faut être assez préparé avant un but. Il y a une terrible descente collective. Le jeu, c’est d’être le premier à pouvoir grimper les grillages » avait prévenu Mario. Nice ouvre le score et « sur le coup, c’est la folie totale. C’est pour ça qu’on vient dans ce stade. Pour ces émotions-là, cette communion » explique Mario. L’avantage ne va pas durer…

20h40 Bastia égalise.

Sur un coup franc de Rothen, voilà les corses revenus dans la partie. Des supporters corses présents « clandestinement » dans une autre tribune du stade explosent de joie, suscitant l’énervement des supporters niçois. Les stadiers les dirigent vers la sortie… « C’est paradoxalement là qu’il faut le plus répondre présent, pour dire aux joueurs, on y croit encore, on va aller le chercher ce deuxième but. C’est aussi pour dire, on chante dans les mauvais et les bons moments. C’est ça, être ultra » se console Mario. Cette poussée-là, les joueurs vont la ressentir. Ils reprendront l’avantage avant de se faire de nouveau rejoindre. « On est super déçu, on doit le gagner ce match. Mais le plus important, c’est que les bastiais ne gagnent pas » conclut Mario. « Maintenant, on attend le retour, peut-être serons nous autorisés à nous déplacer, on peut toujours rêver… »

Pour mieux comprendre la rivalité entre Nice et Bastia

Christophe Napoli