Extralucide, Disiz : A cœur ouvert

Disiz, ou le roi de la résurrection. Après un album d’adieu au rap, Disiz the end, sorti en 2006, et sa parenthèse électro avec l’album Dans le ventre du crocodile sorti en 2009 (sous le pseudonyme Disiz Peter Punk), l’artiste protéiforme revient aux sources hip-hop avec l’album Extralucide, sorti dans les bacs depuis le 29 octobre.

Nouveau pseudonyme pour une nouvelle vie. Oubliez les Disiz La peste, Disiz Peter Punk, ou encore Serigne M’Baye (son vrai patronyme), ne retenez plus que Disiz. La maturité se fait sentir, et ses 15 ans de carrière n’y sont peut-être pas pour rien. Une épuration symbole du renouveau du rappeur, qui pour autant ne tire pas un trait sur son passé. Mieux : il l’assume.

Un album calibré au millimètre

Une maturité qui se retrouve dans ses textes, avec un fil rouge néanmoins surprenant pour le milieu du rap : l’amour. Celui partagé avec la mère de ses enfants, ou tout simplement celui partagé avec ses amis, notamment dans la chanson Les bienveillants : «  Mon Dieu, je suis béni je pourrais en pleurer, j’aime aimer ceux qui m’aiment, comme ils aiment m’aimer ». Au fur et à mesure des textes, Disiz  semble apaisé avec lui-même, avec son identité, lui le métisse franco-sénégalais né à Evry : « Grandi en cité, banlieusard-gentilhomme. Ils avaient tracé mon destin, j’ai trouvé la gomme ». Apaisé et affirmé, au point de se risquer à chanter ses refrains. Exercice réussi à merveille, la voix du chanteur épouse parfaitement des instrumentales calibrées au millimètre pour chaque chanson. On passe donc sans problèmes d’un univers lyrique, presque intime, à un rythme plus musclé ou chaque rime claque, sans pour autant faire passer le débit avant le propos. Disiz reste fidèle à sa technique : sans artifice et sans superflu.

Entre ultrabogoss et ultrasensible

Disiz réussit l’équation parfaite entre un ego trip (?) mesuré, une analyse singulière de son époque entre amertume et philosophie, et une introspection intéressante, magnifiée par le titre éponyme de l’album. Disiz casse son armure « d’ultrabogoss » (chanson sortie en 2006) pour réapparaitre en « ultrasensible » : «  Mon corps c’est Seth et mon cœur c’est Horus. Un amour de géant dans des villes de minus ». Extralucide réussit de manière chirurgicale une opération qui n’était pas gagnée d’avance, surtout lorsqu’elle est à cœur ouvert.

Jalal Kahlioui