« Le football apprend le vivre-ensemble »

A 40 ans, Lilian Thuram est devenu un intellectuel écouté. Son principal combat : la lutte contre le racisme. (Crédit : Elie Selam)

Au Festival du Livre de Mouans-Sartoux, Lilian Thuram est l’attraction. Preuve qu’à 40 ans, il n’a pas perdu sa popularité. Après une carrière de footballeur couronnée de succès, il a décidé de s’engager politiquement et de devenir une personnalité médiatique. Ecrivain, intellectuel, président d’association, il a désormais plusieurs casquettes. Portrait. 

6 juillet 1998, demi-finale opposant la France et la Croatie. Les Bleus sont menés 1-0. C’est le moment que choisi Lilian Thuram pour inscrire les deux buts les plus importants de sa carrière. Deux buts qui vont mener l’Equipe de France vers le titre de champion du monde et le projeter définitivement sur le toit du football mondial. « Quand j’y repense, j’ai l’impression que c’est une autre personne qui a joué ce match » confie-t-il aujourd’hui. Mais Lilian Thuram ne se résume pas à ces deux coups de pattes magiques. C’est un homme qui s’est construit petit à petit pour devenir l’homme engagé qu’il est maintenant.

« Je suis devenu noir à 9 ans »

Lilian est né et a passé la première partie de sa vie aux Antilles, où sa mère a eu une grande influence sur lui. A 9 ans, il part pour la métropole : le choc des cultures sera difficile à avaler. « C’est à ce moment là que je suis devenu noir » témoigne-t-il. « C’est dans le regard des autres que je me suis senti différent ». Rapidement, il s’installe du côté de Fontainebleau où il commence le football. « Je n’étais pas meilleur que les autres. C’est ma remise en question perpétuelle qui m’a permis de progresser. Je n’étais jamais satisfait ». Déjà à l’époque, son surnom de « sage » n’était pas volé. Dans ce club de banlieue parisienne, Thuram va apprendre à ses dépens que le racisme est très présent : « Un jour, un coéquipier m’a traité de ‘sale noir’. J’ai voulu répliquer en le traitant de ‘sale blanc’ mais ça ne marchait pas. Ca m’a fait beaucoup réfléchir. » Dans la foulée, il signe au centre de formation de l’AS Monaco. Sur le Rocher, il va rencontrer Claude Puel, actuel entraîneur de l’OGC Nice, qui va devenir son mentor. Sa carrière est définitivement lancée.

 Engagement et racisme

Fort de l’expérience engrangée tout au long de sa carrière, Thuram reste sur le devant de la scène grâce à son engagement contre le racisme. Il crée la fondation « Lilian Thuram – Education contre le racisme », devient membre du Haut-conseil à l’intégration et écrit « Mes étoiles noires » et « Manifeste pour l’égalité ». Habituellement très calme, il est monté au créneau l’année dernière dans le cadre de l’affaire des quotas (la FF voulait limiter le nombre de joueurs issus de l’immigration dans les équipes de France). « J’ai trouvé ça inadmissible. En plus, les gens de la Fédération n’ont jamais assumé. S’ils avaient dit ‘pas plus de 30% de blancs’ ça aurait été un scandale énorme ». Pour lui, le racisme est « une construction. Ce sont les hommes politiques, par leurs discours, qui le déclenchent et le renforcent ». Au cours de sa carrière, Lilian Thuram a connu des joueurs de cultures et de confessions différentes. « On partage des moments avec l’autre, on souffre, on a un objectif commun : gagner. Le football apprend le vivre-ensemble ».

Elie Selam et Louis-Vianney Simonin