« On était bombardé de publicité sur les élections ! »

Quelques jours après l’élection présidentielle américaine, Justine Oury, jeune expatriée française aux USA nous livre son ressenti sur la campagne. 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la campagne présidentielle américaine ?

Les panneaux Obama – Biden / Romney – Ryan partout. Littéralement, partout. Dans mon voisinage, je suis dans la seule maison qui n’affiche pas ouvertement pour qui elle va voter. Et les familles ne se contentent pas d’acheter un panneau pour le montrer. En particulier ceux qui soutiennent Romney achètent plusieurs pancartes et les mettent tout le long de leur jardin, derrière les clôtures pour que les voitures voient pour qui ils votent. Totalement l’inverse de la culture française qui se veut plutôt discrète.

Comment avez-vous vécu cette élection ?

Aux USA, on était bombardés de publicité sur les élections, impossible de les manquer. A la télévision, Romney est partout, il monopolisait l’écran avec une publicité contre Obama. Le candidat démocrate, lui, était moins souvent sur le petit écran, mais il ne se passait tout de même pas une seule demi-heure sans que le spot d’Obama ne passe. Il y aussi le fait qu’ils fassent non pas de la publicité pour leur parti, mais qu’ils dénigrent celui de leur adversaire. Dans le spot républicain, on disait qu’Obama est resté 4 ans, qu’il a mis l’Amérique à genoux, qu’il y a un taux de chômage énorme dans le pays. Et du côté d’Obama, c’est pareil. Les gens recevaient des coups de téléphones des conseillers expliquant le programme de tel ou tel candidat et dénigrant surtout le parti de l’autre.

En quoi la campagne présidentielle américaine se démarque-t-elle de la campagne française ?

L’appel au vote est différent ici qu’en France. Des stickers que les gens arborent fièrement (les animaux de compagnie aussi) sont distribués un peu partout. A Washington, il y a énormément de festivals tous les week-ends, organisés par différentes communautés. A chaque fois, un stand des deux partis est installé pour appeler au vote. Quand on fait ses courses, un stand pour chaque parti est là aussi, avec des bénévoles qui sont là pour expliquer le programme et te convaincre de voter pour un des candidats. Ce qui m’a également frappée, c’est qu’ici on peut voter par ordinateur, à l’avance. Il est proposé de voter dans les boutiques souvenirs de DC, dans certains supermarchés. J’ajouterai aussi (et c’est le bon côté de la campagne) qu’Obama et Romney font des débats face à face. C’est une vraie différence avec la France, car nous n’avons pas eu la chance d’avoir un réel débat Hollande/Sarkozy, mais des questions/ réponses interposées. Les candidats sont beaucoup jugés sur leur réactivité à répondre à une pique du candidat opposé. Le physique, les habits, la façon de se comporter à l’écran sont aussi très importants. Sachant que les débats télévisés sont suivis par une grande majorité des Américains, il est donc important de faire bonne figure et de savoir maîtriser le sujet, tout est étant souriant et en présentant bien. C’est finalement plus un show qu’autre chose.

Est-ce qu’on parle facilement de politique ?

On en parle facilement. Ce n’est pas un sujet tabou. Les américains sont beaucoup plus ouverts sur le fait de revendiquer pour qui ils vont voter. Dans certains Etats, le parti pour lequel ils votent est même écrit sur leur carte d’électeur. Pas de secret. A quoi bon? Lorsque de toute façon, il suffit simplement de passer devant la maison de quelqu’un pour savoir qui ils supportent. La politique est aussi vue comme un phénomène de socialisation. De nombreux meetings, dans les maisons, sont organisés. J’ai le cas de la host mom (mère d’accueil de la fille au pair, ndlr) d’une de mes amies, une sympathisante d’Obama, qui reçoit chez elle et organise des débats Romney / Obama. Et elle n’est pas la seule. Cela permet de rencontrer des gens, de sympathiser avec de nouvelles personnes.

Est-ce que les jeunes se mobilisent pour tel ou tel candidat ? Comment se retrouvent-ils pour en parler ?

Pour les jeunes, je ne sais pas trop, je n’ai pas eu l’occasion d’en rencontrer ici encore. Mais à la vue de plusieurs amis américains d’environ 20 ans, ils sont tous mobilisés pour un candidat, affichant ouvertement le parti supporté dans ‘’Opinion politique’’ sur Facebook, et  » likant’’ tel ou tel candidat pour en suivre les news.

Propos recueillis par Hortense Reberat