Primaires UMP : l’aventure d’un militant

Les élections présidentielles américaines terminées, la France peut se concentrer sur des élections à l’intérieur de ses frontières. Moins d’impact sur le monde peut-être, ce sera tout de même l’élection du futur chef du plus grand parti de France, l’UMP, qui aura lieu dimanche prochain. Ses 300 000 adhérents  choisiront à sa tête François Fillon ou Jean-François Copé. Militant, Max Eraerts le revendique, du haut de ses 19 ans.

Max en plein meeting de son modèle Nicolas Sarkozy. Image Facebook.

Originaire de Cannes, il étudie le droit à l’université d’Aix en Provence. En 2007, l’élection de Nicolas Sarkozy l’a poussé à prendre sa carte à l’UMP : « je me suis reconnu dans ses valeurs. Un président à l’américaine : énergique, qui va vers les gens. » Comme beaucoup de militants, son départ de la politique l’a « beaucoup déçu, c’était un président exceptionnel. » Le rendez-vous est donné à la Maison du Mouvement, aka le QG de l’UMP à Cannes. Le maire de la ville, Bernard Brochand, soutient activement François Fillon, comme la plupart des élus des Alpes-Maritimes. Ses atouts, « avoir été Premier ministre auprès de Sarkozy pendant cinq ans, connaître les problèmes économiques actuels, et avoir côtoyé tous les dirigeants du monde. » La stratégie de Fillon consiste à se poser comme successeur « naturel » de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP. L’ex-Premier ministre peut compter sur des soutiens de poids de son ancien gouvernement. Pas moins de 155 parlementaires lui ont donné leur appui, dont Laurent Wauquiez, Eric Woerth, Valérie Pécresse, François Baroin, Xavier Bertrand… contre 99 pour Jean-François Copé, parmi lesquels Jean Sarkozy, Serge Dassault, Luc Chatel ou encore Jean-Pierre Raffarin.

Fillon, un homme « charismatique »

Au-delà de son curriculum, Max a été séduit par son caractère. Pour le jeune homme, François Fillon a « du charisme » et « une vraie carrure d’homme d’état ». Toutefois, pour les fillonistes, il est « difficile d’aller convaincre des opposants de voter pour Fillon. Dans des élections internes au parti, les sentiments sont exacerbés. » Des élections internes qui sont une grande première pour l’UMP. Le principe est largement inspiré des primaires socialistes, tout en restant cloisonné aux adhérents. » Ça a été une réussite chez les socialistes. Alors qu’ils n’arrêtaient pas de se chamailler, ils ont fait l’exploit de s’unifier au dernier moment. »

« Il y a des dissensions, chacun veut le poste »

Max fait un bilan de la campagne plutôt positif. « Fillon et Copé ne se sont pas attaqués frontalement, le niveau était globalement bon. » Quant au traitement médiatique, qui fut radicalement différent, Max n’est pas tendre : « Les médias veulent créer une actualité. Il y a des dissensions, mais elles n’intéressent pas le sympathisant, et les médias ne parlent que de ça. En comparaison avec la primaire du PS, celle de l’UMP est beaucoup plus apaisée. » Les maladresses n’ont pourtant pas été évitées, comme la polémique soulevée par le « pain au chocolat » de Jean-François Copé. Une petite phrase qui aurait profité au camp Fillon : « encore une fois, on voit lequel des candidats sait tenir des propos rassembleurs. » La faiblesse de Copé, ses prises de position trop « populistes », et une ambition présidentielle dont beaucoup de sympathisants ne sont pas dupes. Selon Max, Jean-François Copé « n’a pas la mesure et la retenue de Fillon. On a l’impression qu’il ne se focalise que sur des questions d’immigration. » L’attente des militants se concentre donc sur « un porte-parole », plutôt que sur un éventuel candidat à la présidentielle.

« Rassembler les extrêmes« 

Une vaste opération de séduction ? Plutôt de reconquête. Après la défaite de Nicolas Sarkozy, « un certain nombre de militants n’ont pas renouvelé leur adhésion ». Ils souhaitent un président qui leur « fasse gagner des adhérents, qui soit rassembleur ». Le mot est lâché. Pour refonder l’UMP, affaiblie électoralement, il faudrait « rassembler vers la droite, le centre, et ceux qui se sont égarés à l’extrême droite. » Plus copéiste que filloniste quand il s’agit de parler de l’extrême-droite, Max considère que le Front National « a toute sa place dans la vie politique française, il a des choses à dire. » Le bémol, une image pas très nette, celle « des militants violents. Ce n’est pas le parti que je trouve honteux, mais la haine qui existe chez les militants. Bien qu’à ce niveau-là, l’extrême gauche n’est pas en reste. » Ces questions stratégiques serviraient un but ultime pour les militants, « faire face au gouvernement socialiste ».

Un gouvernement « incohérent »

« Quand on reproche à Hollande d’être « mou », c’est qu’il ne donne jamais son avis personnel sur aucun sujet, il veut faire plaisir à tout le monde ! ». Le problème du gouvernement, « l’incohérence ». Le recadrage par Jean-Marc Ayrault du ministre de l’Education Vincent Peillon qui se disait favorable à l’ouverture d’un débat sur le cannabis lui paraît symptomatique : « il n’y a pas de principe de solidarité gouvernementale, pourtant indispensable pour avoir un semblant de dignité face aux électeurs. Mais les socialistes sont fidèles à eux-mêmes. » Pour Max, François Hollande a fait trop de promesses, qu’il ne peut tenir, alors qu’ »on ne peut reprocher à Sarkozy d’être allé au bout de ses convictions. » Le mariage pour tous, proposition phare de la campagne socialiste, est pourtant enclenché. « Le mariage homosexuel va changer le code civil, basé sur les rapports humains, soulève Max, la société en sera bouleversée. Le peuple aurait dû décider, pas les députés. Hollande ne peut pas s’amuser avec des questions fondamentales pour avoir un passage dans les médias. » Dimanche prochain, Max croit fort en la victoire. Les chiffres lui donnent raison : son candidat totaliserait 49% d’intentions de vote, son adversaire autour de 30%. Quant à 2017 ? « C’est trop tôt pour le dire. J’espère qu’on gagnera, mais je crains surtout l’état dans lequel la France sera laissée par Hollande. »

            Elvire Simon