La main sur le cœur ?

L’appel à la grève des médecins.

Les médecins sont furieux. Depuis plus d’une semaine, ils protestent contre la taxation des dépassements d’honoraires voulus par le gouvernement et la Ministre de la santé Marisol Touraine.

Une mesure anti-arnaque

La grève des blocs opératoires a touché presque 70% des 600 cliniques privées françaises sachant qu’une journée de grève peut coûter à chacune d’elle jusqu’à 80.000 euros. Alors si les médecins, pourtant très sensibles aux questions de gaspillage d’argent, décident de sacrifier autant c’est que la mesure de la Ministre de la santé leur semble insupportable. Votée en octobre dernier, elle prévoit de sanctionner les dépassements importants d’honoraires pour limiter les tarifs de certaines consultations. La mesure vise donc à réduire les arnaques dénoncées par certains patients qui dépensent des sommes extravagantes pour un simple rendez-vous chez le dermatologue ou l’anesthésiste. Les médecins se sentent insultés par cette réforme. Partout sur les banderoles des manifestations ou sur les frontons des cliniques on pouvait lire : « Nous ne sommes pas des voyous ou encore moins des pigeons ». 

 La médecine dévalorisée

Le Bloc, principal syndicat à l’origine du mouvement de protestations, dénonce le manque de différenciation entre les spécialisations dans la mesure de Marisol Touraine. Les dépassements d’honoraires sont réglementés et se justifient différemment pour une consultation d’un médecin libéral ou d’un chirurgien. Pour les médecins, cette mesure va profiter aux complémentaires et dévaloriser le travail des membres du système de santé. Généralement, ce sont les retards de remboursements des complémentaires qui rendent les dépassements d’honoraires si durs à accepter pour les patients. La grève a pris une autre dimension quand une lettre polémique écrite par une médecin et destinée à la Ministre de la santé a été rendue publique. Elle était intitulée : «  Marisol, tu te trompes de cause ». Tutoyant la ministre, l’auteur de la lettre exaspérée, lui écrit : « Moi, chirurgien de la main, je devrais opérer ton pouce, par exemple, pour même pas le prix de ton coiffeur ». Le message est clair, les médecins qui sont considérés comme une des professions d’élite par la société ne sont pas prêts à abandonner leur statut privilégié ni le beau portefeuille qui va avec.

Malgré tout, le syndicat Le Bloc a appelé à la fin de la grève pour ne pas « nuire » aux patients le 16 novembre. Une amplification du mouvement est prévue sous d’autres formes dans les semaines à venir.

 Lucie Puyjalinet