novembre 20

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Créer son entreprise : qu’est-ce qui coince ?

Les jeunes français ne sont que 20 % à vouloir devenir entrepreneur (crédit : Pratique.fr)

Selon une étude de l’Observatoire Cegos menée auprès des 20-30 ans en Europe, les jeunes français sont seulement 20 % à vouloir créer leur entreprise contre 27 % des jeunes allemands, 30 % pour les espagnols et 35 % pour les anglais. Comment l’expliquer ?

La première explication réside dans le contexte économique actuel. Les jeunes français sont avec les Espagnols les plus touchés par le chômage et les emplois précaires (seuls 33 % des 20-30 ans sont en CDI). Difficile alors d’accéder à l’autonomie économique que procure un premier emploi stable. Autonomie nécessaire pour investir et créer sa propre entreprise via l’autofinancement, surtout dans un contexte de frilosité des banques à accorder des prêts (financement externe).

Un problème de culture d’entreprise

Si la nuance entre le souhait de devenir chef d’entreprise et le devenir effectivement est importante, l’attitude des jeunes français vis-à-vis du monde de l’entreprise, leur « culture d’entreprise » est aussi une des clés de l’explication. Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric explique que « la France est un des pays les plus analphabètes en économie au monde ». Il faut dire que si la matière est désormais imposée dès la seconde, elle n’est enseignée statistiquement parlant qu’à la moitié des lycéens français. Un constat que partage Jérôme Dedeyan, entrepreneur, qui rajoute « que dans les programmes, il n’y a rien sur le bonheur de créer des emplois, du lien social, rien sur la fierté d’embaucher quelqu’un. Si après être passé par là, il reste des vocations d’entrepreneur, c’est miraculeux » assène-t-il. Marjorie Galy, présidente de l’Apses, réplique que « l’enseignement de l’économie n’a pas pour finalité de donner une image du chef d’entreprise, ni même de créer des vocations. »

Des motifs d’espoir

Les jeunes français ne sont pour autant pas si pessimistes que ça. A la rentrée 2012, ils étaient bien 68 % à s’avouer mal en point mais ils sont aujourd’hui 58 % à être optimistes pour leur avenir contre seulement 26 % pour les 45-65 ans (sondage CSA pour la Fondation Total). Si les jeunes français ne sont pas très enclins à créer leur propre entreprise, cela ne veut pas dire qu’ils ne veuillent pas travailler.

Bertin Nahum, exemple du potentiel en innovation des jeunes français (crédit : Angazamag)

Comme la majorité des jeunes européens, ils rêvent « d’intégrer une grande structure » et sont persuadés de pouvoir enrichir le monde de l’entreprise, notamment grâce à leur maîtrise de la technologie. Les PME, tant vantées dans les prises de paroles politiques n’attirent que 35 % d’entre eux. Nos entreprises françaises sont d’ailleurs loin d’être les moins innovantes. Elles sont en deuxième position derrière les Etats-Unis. Le mérite en revient notamment aux jeunes, comme Bertin Nahum, qui dirige à Montpellier une société spécialisée dans la robotique chirurgicale. Il a été classé quatrième personnalité la plus innovante du monde !

Et il suffit parfois seulement de bonnes idées pour réussir. Malik Badsi, 28 ans, en a eu une très bonne en 2009 lorsqu’il a créé « YOOLA », première agence de voyage dans l’événementiel dédiée au public handicapé. Son idée ? Permettre aux handicapés d’assister aux grands évènements sportifs et culturels, que ce soit en France ou à l’étranger. Il a par exemple emmené 500 personnes à Londres pour les Jeux Olympiques et Paralympiques !

Ne pas être très concerné dans l’entreprise ne fait pas des jeunes non plus des non engagés. 83 % des 18-23 pensent à s’engager dans une action associative. Les préoccupations sont surtout la protection de l’environnement, l’aide aux personnes démunies, la défense des droits de l’homme. Mieux, 44 % indiquent qu’ils ont déjà effectué des dons en faveur d’initiatives associatives malgré le contexte économique difficile.

Christophe Napoli

Comme pour Malik qui a profité d’un business angel (Financités), il existe énormément d’aides pour un jeune entrepreneur