La culture : hors de prix ?

Argent et culture se mélangent. Photo Google Australie.

La culture a su se rendre indispensable, mais n’est pas pour autant intouchable. Peut-elle alors être assimilée à une simple marchandise ? Le débat est ouvert.

Aujourd’hui, si la culture n’est plus le moteur de notre société, elle en reste un des piliers, mais pour combien de temps encore ? À l’heure de l’avènement d’une « culture mondiale » calquée sur le modèle américain et répondant à des impératifs commerciaux, il est plus que jamais nécessaire de réaffirmer que la culture n’a pas de prix. La culture, en ces temps de crise, n’apparaît pas comme une priorité : ce n’est pas elle qui remontera les salaires ou épongera la dette. Pourtant, elle est un réservoir d’idées sans doute aussi pertinent que les lobbies et instituts de tout ordre. Parce qu’elle est le recul, le regard de l’homme sur lui-même, c’est elle qui nous fait avancer. Reste que la culture démocratique telle qu’on la connaît, celle qui se veut populaire, accessible au plus grand nombre, n’est parfois pas à la portée de tous les porte-monnaie. La crise que traverse l’industrie du disque face au téléchargement illégal en est le reflet : la place de l’argent dans le monde de la culture est de plus en plus centrale.

Créer a un coût

Depuis 30 ans se développe une véritable économie de la culture. Le secteur est de plus en plus générateur d’emplois et de revenus. Aux États-Unis, la consommation culturelle est estimée à 138,6 millions de dollars, soit 3 % des consommations totales. Le concept d’industrie culturelle est désormais communément accepté. Ainsi, le mythe d’une culture comme institution supérieure à l’économie s’est heurté à une dure réalité : la culture a besoin d’être financée. Pour exister, elle doit fidéliser un public, et cela a un coût. En témoigne la multiplication des cursus universitaires de gestion ou de médiation culturelle qui forment des organisateurs d’évènements, des administrateurs et non des artistes. La place de ce dernier a évolué : il reste le premier élément de la chaîne culturelle, mais désormais, il en est rarement le gérant. Son travail, dont il vit moins facilement qu’auparavant, offre un emploi rémunéré à d’autres personnes. Enfin, la culture est pour l’État une source confortable de revenus. Par exemple, les visites du patrimoine français permettent de dégager un bénéfice d’environ 15 milliards d’euros chaque année. Pourtant, cette somme non négligeable est peu révélée, car les liens entre culture et économie restent tabous.

Maxime Morin et Lucie Puyjalinet