« Internet, une solitude collective »

Quatre intervenants, un vif débat. Photo Marco La Via.

« Ce ne sera pas une table ronde comme les autres ». François Lapérou annonce la couleur dès les prémices de la conférence « Le Net, free, gratuit ? ».

« Aujourd’hui, on n’est plus au lycée : smartphones obligatoires. » Le nouveau concept de l’organisateur des Rencontres de Cannes fonctionne. Le public étudiant tweete, les intervenants professionnels réagissent, le fond du débat progresse. Entre positionnement des médias, individualisme des réseaux sociaux et modèle économique du Web, aucun sujet n’est laissé de côté. Tout cela modéré par Nordine Nabili, pour qui Internet est une « solitude collective ».

« Le business model est à venir »

« C’est un instrument commercial extraordinaire. » Selon Philippe Frémeaux, président de la scop Alternatives économiques, le Web bouscule le modèle économique des médias. Le cofinancement du journal papier par la publicité et le lecteur n’est plus qu’un lointain souvenir. Jérôme Béglé, rédacteur en chef du site Le Point.fr, confirme : « 99,9 % du chiffre d’affaires provient de la publicité. » La gratuité de l’information sur Internet est une constante problématique du journalisme : « C’est anormal que personne ne paie pour une information qui a un coût. » En effet, la plupart des sites web se trouvent actuellement en déficit. Mediapart, seul grand média payant, a attendu trois années après son lancement pour réaliser des bénéfices. Pas de panique pour Virginie Spies, maître de conférences à l’université d’Avignon et blogueuse : « Le business model est à venir. »

« C’est le degré zéro du journalisme »

En filigrane des débats : les transformations du journalisme. La profession évolue en même temps qu’Internet envahit l’espace médiatique. Ainsi, « 80 % des journalistes possèdent un compte Twitter », selon Nordine Nabili, directeur du Bondy Blog. La raison ? Être en interactivité avec les citoyens, qui exigent une information quasi immédiate. Ce que condamne Jérôme Béglé : « C’est le degré zéro du journalisme. » Les 140 signes délivrés par le réseau social limitent la quantité et la qualité du propos tenu, jusqu’à en devenir « une liste de courses ». Côté défense, Virginie Spies voit en Twitter une formidable occasion d’ « acquérir une certaine forme de notoriété ». Cela permet également une vérification multiple et efficace de la part des internautes.

Les inquiétudes face à l’avenir de la profession sont insistantes. De nouvelles formes de journalisme citoyen apparaissent. Elles permettent à tout un chacun de traiter l’information sur le Web, sur un modèle participatif mêlant professionnels et amateurs. Et si on se passait de journalistes ? Réponse de Philippe Frémeaux : « Des métiers très nobles ont déjà disparu par le passé. Pourquoi pas le journalisme ? »

Thibaut Carage et Elie Selam