La fin du monde, pour la 184ème fois ?

Si vous êtes né en 1989, vous avez déjà survécu à pas moins de 46 fins du monde. Depuis la chute de l’Empire Romain, les chercheurs disent même qu’il y en a eu 183. De quoi rassurer les plus trouillards. Donc, c’est le moment de détruire vos bunkers, de renvoyer les kits de survie au SAV et de brûler vos testaments (ce n’est pas encore le moment). Au fait, pour ceux qui avait prévu de passer leur « dernière » journée à faire ce qu’ils n’avaient jamais pu faire, il est temps de se raviser. Non, n’allez pas cracher sur tous vos ennemis, danser le Gangnam style devant votre patron, dévaliser les magasins, braquer une banque et encore moins montrer vos fesses à la Police. L’aperçu de prédictions foirées qui suit devrait vous apaiser. 

Albert Porta : C’est pour le 17 décembre 1919 qu’Albert Porta prédit la fin du monde. Météorologue aux Etats-Unis à l’époque, il prévoit l’alignement de six planètes, créant un courant magnétique capable de détruire complètement le Soleil et d’engloutir la Terre. Malheureusement pour lui, il prend vite la porte. La conjonction des planètes, comme c’est très bien expliqué dans la petite animation (ci-dessus) du musée des Sciences de Virginie, n’augmente pas le champ magnétique. Au cours d’un siècle, les planètes se retrouvent plusieurs fois sur la même ligne, ce qui n’a jamais causé de dérèglement majeur et encore moins de fin du monde. Allez, encore un peu de travail Albert.

Paco Rabanne : En mai 1999, Paco Rabanne annonce dans son ouvrage « 1999, le feu du ciel » la fin du monde pour le mois d’août de la même année. Le couturier espagnol donne même une date précise : ce sera le 11 août, à 11h22. Connu pour ses parfums de renommée internationale, Paco flaire le bon coup. Le 11 août, une éclipse totale de soleil est prévue. L’occasion rêvée, entre deux récits de ses vies antérieures, pour faire passer sa nouvelle prédiction. 48 ans plus tôt, alors qu’il se promène sur les quais de la Seine, l’homme « voit » des âmes brulées vives errant dans les rues de Paris. Après avoir rendu visite trois fois à Jésus et dîné avec des extraterrestres, sa vision s’éclaircit. Le 11 août, donc, la station spatiale russe Mir (à ne pas confondre avec le produit vaisselle) s’écrasera sur Terre, et plus précisément à Vincennes. Mais ce n’est pas tout. Rabanne ajoute que de gigantesques incendies et des débris de plutonium ravageront plusieurs régions, à commencer par le Sud-Ouest de la France. Bien heureusement, les pruneaux d’Agen, capotes de Condom et autres truffes d’Auch s’en sortiront indemnes. Discrédité, humilié, traité d’illuminé, Rabanne s’accroche, et continue, encore aujourd’hui, d’évoquer ses délires paranormaux.

Ils y avaient cru, pourtant :

Kabbale : Non, ce n’est pas un nouveau sport. Pas plus une tribu aborigène nouvellement découverte. Le « Kabbale » serait, à la base, la « loi orale et secrète » transmise par Yahvé à Moise sur le mont Sinai. Sinon, le Kabbale c’est aussi le Centre du même nom, mouvement religieux fondé par un agent d’assurances dont le nom n’a aucune importance et qui se réclame donc de cette fameuse tradition mystique juive. A son tableau de chasse, on retrouve quelques stars telles que Leonardo Di Caprio, Naomi Campbell ou Demi Moore. Pour le Kabbale (ou le kabbalisme) et les kabbalistes, le monde tel que nous le connaissons est composé à égale proportion du néant et du mal. Les églises sont corrompues et la fin du monde coïncide avec la destruction de Lucifer. Leur fin du monde à eux était prévue pour le 11 septembre 1999. Une boule de feu était sensée exploser (sur) la Terre, et donc éradiquer toute forme de vie. Et ils ont failli taper juste ! Finalement, c’était deux ans plus tard, à l’heure du petit dej’ dans les tours du World Trade Center.

Sheldan Nidle : Probablement l’un des mecs les plus fous que la Terre n’ait jamais connu. Né à New York en 1946, diplômé scientifique de l’université de Buffalo à l’âge de 22 ans, le petit Sheldan connait une enfance perturbée. Régulièrement confronté à des phénomènes inexpliqués, il évoque à de nombreuses reprises ses communications avec des extraterrestres. Convaincu de leur existence, il publie en 1996 un livre où il évoque pour la première fois la fin du monde, prévue selon lui pour le 17 décembre. Et sa théorie, contrairement à celles de certains de ses compères, vaut le détour. Pas de météorite, d’inondations ou de fonte des glaces mais bien une invasion des petits hommes verts. Nidle avance même le nombre très précis de 15,5 millions de vaisseaux prêts à exterminer la race humaine à coup de… lasers, tenez-vous bien ! L’hiver passe, aucune trace d’extraterrestres à l’horizon. Le froid les aurait-il freinés dans leur offensive ? Peut-être. L’Américain, lui, avance une autre explication : une horde d’anges bienfaiteurs seraient intervenus pour tous nous sauver, en nous envoyant dans une énorme « projection holographique ». Ouf, on a eu chaud.

Les Trois Arches : Un an avant Paco Rabanne, la secte française des « Trois Arches » fait part d’une étonnante prédiction. La fin du monde serait pour le 28 mars 1998. Un cataclysme mondial sans précédent n’épargnant personne, même pas Noé. Personne ? Si. Dans la région de Sainte-Odile, une poignée d’Alsaciens résisteraient encore et toujours à l’envahisseur, venu d’on ne sait où. Pour les Trois Arches, le seul refuge c’est donc Saint-Odile. Ça tombe bien, le mont du même nom abrite une forteresse, lieu de culte celtique entouré d’un mystérieux « mur paien ». Le spot idéal pour planter sa tente et attendre que tout ça se passe. Etonnant ou pas, ses résidents en redescendent vite. Trois ans plus tard, le 20 janvier 1992, un Airbus A320 s’écrase sur une crête proche du mont. Le bilan ? 87 morts et 9 survivants. C’était pas si sûr que ça, finalement.

Richard Noone : Un livre, le seul. En 1997, l’inconnu Richard Noone sort la seule œuvre de sa vie : « 5/5/2000, Ice : the ultimate disaster ». La couverture annonce le pire. Au fond, on distingue les planètes du système solaire, parfaitement alignées. L’alignement, c’est justement ce qui est au cœur de la thèse de Noone. L’Américain prédit, pour mai 2000 donc, des « tremblements de terre, des changements climatiques, une fonte des glaces submergeant les continents et une émission de gaz mortels dus au déplacement du pôle sud de l’axe de la Terre ». Pour lui, pas de doute. Cet alignement, qui n’a pas eu lieu depuis 6 000 ans, doit avoir des conséquences désastreuses pour l’espèce humaine. Au final, celui qui réside aujourd’hui à Ellijay (Géorgie) repart tranquillement avec plusieurs milliers d’exemplaires vendus et un beau pactole. Comme quoi, la fin du monde ça peut avoir du bon aussi.

Pat Robertson : Si l’on mélange un peu les syllabes et que l’on rajoute un « in », on obtient Robert Pattinson. Un rapport entre les deux ? Absolument aucun. Bref, notre ésotérique du jour est un télévangile (ministre religieux qui écume les plateaux, si vous l’ignoriez) protestant. Marion Gordon Robertson, de son vrai nom, est un Américain qui a annoncé la fin du monde dans les années 1980 : « Je vous garantis que, d’ici la fin de 1982, l’heure du Jugement dernier sera venu. » Pour lui, l’apocalypse serait suivie de « sept années de cauchemar », ni plus ni moins. Mais, Pat, déçu de sa prophétie ratée, a décidé qu’elle était simplement survenue trop en avance. De coup, en 2006, il annonce que Dieu en personne l’a prévenu de tsunamis et tempêtes imminentes. L’évangile protestant avait aussi prédit un « krach boursier vers 2010 » et « la violence dans le monde entier ». Sur ce coup-là, le bonhomme n’avait pas complètement tort, sur la Fin du Monde il faudra qu’il retente sa chance…

Pat sait aussi à l’avance qui sera élu président des Etats-Unis. C’est son pote Dieu qui lui a dit :

Saint Malachie : La prophétie de Saint Malachie (prononcez « Malaki » et pas « Mal assis ») est attribuée à l’évêque irlandais du même nom, né en 1094 dans la ville d’Armagh. Le texte n’a été dévoilé qu’au 16ème siècle, soit plus de 500 ans après son écriture, et est aussi appelé « prophétie des papes ». Il contient 111 devises, allant du pape Célestin II au jugement dernier et la fin du monde, sous le pontificat d’un certain Pierre le Romain. Selon les interprétations, Benoit XVI pourrait être ce fameux Pierre, alors que d’autres pensent que celui-ci n’a pas encore été élu.  Les 111 papes devaient se succéder de 1143 à la fin de la papauté, et par conséquent du monde. Pour ses détracteurs, la prophétie de Saint Malachie aurait en fait été rédigée en 1590, pour influencer l’issue d’un conclave. Tout ça est bien flou, finalement. Plus qu’à attendre, donc, la mort de Benoit XVI. Ou de son successeur… Ou rien.

Pour démêler le vrai du faux, et surtout le faux :

Les témoins de Jéhovah : Les témoins de Jéhovah et les maths, ça fait deux. Depuis leur création, ils se sont déjà planté cinq fois, en 1914, 1918, 1921, 1925 et 1975. Loin de se décourager, ils ont déjà annoncé la prochaine : c’est pour 2034. Et cette fois, ils en sont sûrs. Pour être précis, les témoins n’annoncent pas réellement la fin du monde, mais plutôt la fin du « monde des méchants ». Voilà ce qu’on peut lire sur leur site internet : « Les Témoins de Jéhovah n’annoncent pas la fin du monde des hommes, mais la fin du système de choses caractérisé par la domination de l’homme par l’homme, la violence et l’injustice. » Leur porte-parole, Doug Dunsire, est encore plus alarmiste : « On vit les derniers jours. Nous pensons que c’est très proche. Les prophéties de la Bible, on les voit se réaliser. » Mais, que va-t-il arriver exactement ? Selon les témoins, Jéhovah va s’acharner sur ses « ennemis » (tout le monde sauf les eux en gros) en semant la confusion parmi eux. Première étape : utiliser les forces de la nature, les grêlons par exemple. Deuxième : envoyer une flopée d’anges dirigés par Jésus pour laver la Terre de tous les malfaiteurs restants. Frémissons.

Pour aller plus loin, le documentaire Le Monde Parfait de Jéhovah, diffusé par la RTBF :

Clara Carlesimo et Yann Soudé

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