novembre 27

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Nord/Sud : le clivage s’amenuise

Le Nord et le Sud s’aiment et se détestent à la fois. Caricature Plantu

Les plans de rigueur se multiplient en Europe. Dans le Sud, la croissance économique est insolente. Assez pour réduire l’inégalité Nord/Sud ?

En ces temps de crise, peu de pays échappent à la réalité économique. Alors que les pays du Nord sont durement touchés depuis 2008, certains pays du Sud sont en bonne santé. Ce sont ces pays qu’on dénomme les pays « émergents ». Parmi ces derniers, on retrouve les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Véritables moteurs de la croissance économique mondiale, dont ils représentent environ 50 % depuis le début des années 2000, ces pays ne cessent d’accroître leur puissance et ont pris, ces dernières années, une tout autre envergure.

 Une stratégie fructueuse

L’une des raisons de cette insolente croissance réside sans doute dans la stratégie d’exportation de ces pays émergents. En effet, tous usent d’une monnaie sous-évaluée qui leur permet d’être en position de force lorsqu’il s’agit de parler affaires. Par exemple, le réal brésilien équivaut à 0,37 centime d’euro. D’autre part, ces « économies émergentes » privilégient le commerce entre pays du Sud. C’est le cas de la Chine, qui est devenue le principal partenaire du Brésil. L’empire du Milieu a également développé toute une série de partenariats avec des pays africains. En 2008, les flux commerciaux entre la Chine et l’Afrique ont atteint les 100 milliards de dollars.

Avec 40 % de la population mondiale, ces nations émergentes représentent à elles seules près de 20 % du PIB mondial, ce qui les place, pratiquement, au niveau des États-Unis. À titre de comparaison, sur la décennie 2000-2010, la croissance moyenne des pays émergents a été en moyenne de 6 % contre seulement 1,5 % pour les pays industrialisés. Alors que l’éternel fossé Nord/Sud tend à se réduire peu à peu, les pays émergents, par l’intermédiaire des BRICS, comptent bien faire entendre leurs voix face à des pays du Nord sévèrement englués dans la crise économique.

Le mal économique des pays du Nord

Qu’ils soient développés, à hauts revenus, à économie de marché, tous sont touchés par la crise. Et les plus atteints sont même les plus riches, les pays de la Triade. Les États-Unis d’abord en 2007, l’Europe de l’Ouest en 2008 et plus récemment le Japon. Les États-Unis, après le trouble des subprimes, ont été le premier pays à entrer concrètement dans la crise. Le mois dernier, le déficit américain s’élevait à 113 milliards de dollars. Une somme plus que considérable, même si en un an les États-Unis ont ramené leur perte de 8,7 % à 7 % de leur PIB. La première puissance économique au monde semble être en mesure d’apercevoir la fin du tunnel. C’est au printemps 2008 que le Vieux Continent est à son tour touché de plein fouet par la crise. Depuis, celle-ci ne cesse de prendre de l’ampleur et de plonger les pays de l’Union dans une récession sans précédent. Grèce, Espagne, Portugal, France, Angleterre : aucun pays n’est épargné. La Grèce, pays le plus durement touché, entame sa sixième année de récession. Les derniers chiffres sont alarmants : 25,1 % des Grecs sont au chômage, et la dette publique atteint 370 milliards d’euros.

L’Espagne et la France, anciens empires coloniaux, sont aussi obligés d’imposer des plans de rigueur drastiques. François Hollande a annoncé, pour 2013, plus de 30 milliards d’euros d’efforts. En Espagne, on espère une réduction du déficit, et le gouvernement a mis en place un plan qui vise à économiser 150 milliards d’euros d’ici à 2014. Les institutions européennes ne parviennent pas à trouver de réelle solution. Aides débloquées, crédits accordés, réunions : toutes les initiatives mises en place n’aboutissent pas à une sortie de la crise européenne. On en parle moins, mais le troisième pays de la Triade est aussi en pleine crise. Jusqu’au début de l’année, le Japon enregistrait une croissance étonnante, mais vient d’être rattrapé par la crise économique mondiale. Pour le quatrième mois consécutif, le pays va revoir à la baisse ses perspectives économiques. Le déficit de la troisième puissance économique mondiale s’élève aujourd’hui à 549 milliards de yens (5,3 milliards d’euros). Si l’archipel a longtemps été épargné par la crise mondiale, il est aujourd’hui officiellement entré en récession. Un exemple qui démontre que les pays que l’on pensait hors d’atteinte ne le sont pas réellement.

Cette nouvelle donne économique a dilué le clivage entre Nord et Sud. Dorénavant, les pays du Nord devront composer avec leurs voisins du Sud. Une nouvelle distribution mondiale qui devrait s’accélérer dans les années à venir.

Clara Carlesimo et Hassen Gallah