« Emporter les gens dans un monde imaginaire »

La rédaction de Buzzles a rencontré Arnaud Tsamere dans sa loge. Photo Thibaut Carage.

Arnaud Tsamere est en tournée : 90 dates à travers la Belgique et la France. L’humoriste s’est arrêté à Nice le jeudi 15 novembre pour un one man show au Palais de la Méditerranée. L’occasion pour la rédaction de Buzzles de le rencontrer. Interview rafraichissante.

Buzzles : Comment résumer votre spectacle ?

Arnaud Tsamere : C’est un spectacle fidèle à l’humour que j’aime pratiquer. Je l’espère aussi surprenant qu’absurde. Chose promise n’est pas séquencé en sketches. C’est une histoire d’une heure et demie dans laquelle je joue un prof d’IUT qui monte sur scène et qui essaie de jouer un spectacle en hommage à un ami. Tout ça de manière un peu surréaliste.

B : Pourquoi est-il intitulé Chose promise ?

A.T : Ce prof monte sur scène parce qu’il a fait une promesse, sans faire exprès. Toujours est-il qu’il l’a faite. Ce copain est décédé, il est donc obligé de tenir sa promesse. C’est très important pour lui.

B : Avez-vous encore le trac avant la représentation ?

A.T : Je joue le spectacle depuis assez longtemps. Ce n’est pas vraiment du trac mais plus une envie, une excitation qui peut s’en rapprocher. Comme lors d’un rendez-vous avec une nana ! Tu n’as pas peur mais tu gardes une petite appréhension.

B : Est-ce que vous pouvez nous parler de l’avant « Arnaud Tsamere » ?

A.T : J’étais étudiant en droit. J’en garde un très bon souvenir. A l’époque, je croyais que j’allais exercer un vrai métier. Je faisais de l’improvisation théâtrale en amateur. A un moment donné, je me suis lancé parce que ça devenait compliqué de résister à cela. Je sentais que j’étais fait pour ça, c’est ce qui me rendait heureux. Pourtant, j’avais un métier, je gagnais ma vie, j’avais la sécurité de l’emploi. C’était cohérent, mais je sentais que je me trompais, que je n’allais pas m’épanouir. Je me suis lancé et ça fait dix ans que ça dure.

B : Justement, ne regrettez-vous pas de vous être lancé sur le tard ?

A.T : Non, pas du tout ! Si c’était à refaire, je ferais exactement la même chose. Le parcours de vie que j’ai eu avant nourrit ce que je fais actuellement. Mes études de droit, mon poste de commercial pendant deux ans, tout cela me donne un socle solide, une base sur laquelle je m’appuie. C’est une expérience de vie qui nourrit, influence ma manière d’être.

B : Cela signifie-t-il que vous ne seriez pas le même humoriste ?

A.T : Exactement, je pense que je pratiquerais un autre humour si j’avais voulu devenir humoriste à huit ans. J’aurais été influencé par tout et n’importe quoi. Là, j’ai l’impression que c’est ma nature qui ressort. Je sens que je monte sur scène pour les bonnes raisons. Ce sont des choses inscrites en moi. Ce n’est pas pour reproduire des choses que j’ai vues, pour copier des gens.

B : Quel regard portez-vous sur votre humour ?

A.T : J’essaie de bien faire la seule chose que je sais faire : l’humour absurde. Je veux surprendre le public. Ma ligne de conduite : prendre les gens à contre-pied et aller là où ils ne s’y attendent pas. J’ai une référence : François Rollin. Il pratique ça. J’en suis un digne héritier. Mon style, les autres en parlent sûrement mieux que moi.

B : Utilisez-vous l’humour pour critiquer ?

A.T : Non, pas du tout. Je ne dis pas que l’humour doit rester uniquement pour le rire, mais le mien n’a pas vocation à faire réfléchir les gens. Il a pour but, je l’espère, de détendre les gens,  de les emporter dans un monde imaginaire. Ils lâchent prise avec la société, avec le quotidien. Les humoristes qui font du stand-up rattachent au maximum leur public avec le monde qui les entoure. Moi, non. Enfin, j’aimerais bien que ce ne pas soit le cas.

B : Dans votre carrière d’humoriste, quelle est la place d’On n’demande qu’à en rire ?

A.T : C’est une exposition formidable. Si j’ai bien fait mon boulot dans l’émission, c’est parce que j’avais dix ans de métier derrière moi. Sans cela, je me serais planté, comme beaucoup. Mon début de carrière n’est pas On n’demande qu’à en rire, sinon j’aurais perdu dès la première émission. On ne se rend pas compte à quel point c’est difficile. C’est un tremplin, mais il ne faut pas oublier qu’on ne sort pas de la Star Ac’.

B : Gardez-vous des contacts avec les anciens pensionnaires de l’émission ?

A.T : Oui, carrément ! On reste une bande de potes. Je m’entends très bien avec Olivier de Benoist, on s’envoie des messages régulièrement. Même avec les nouveaux, d’ailleurs. Ahmed Sylla, je l’appelle « fiston » ! On se respecte beaucoup. Cette émission étant très difficile, elle nous oblige à nous serrer les coudes, on est tous embarqué dans la même galère et…  je ne finirai pas cette phrase !

B : Dans votre carrière, quel est le sketch qui vous a le plus satisfait ?

A.T : C’est un sketch que j’ai réalisé dans le cadre d’un prime, On a tout révisé. J’avais joué un avocat sur le thème « Les taureaux adorent la corrida ». J’avais écrit une plaidoirie. Ce n’est pas très humble mais je l’adore. Pour moi, c’est le texte le plus abouti, dans le jeu et dans l’écriture (pour voir le sketch, cliquez ici). Après il y en a d’autres que j’aime bien comme « Les mots pour faire sourire sur une photo » avec Aurelia Decker. Après, évidemment, il y a le fameux « L’avocat de la salade » qui a fait le buzz.

B : Quelles sont vos ambitions pour le futur ? Où vous voyez-vous dans dix ans ?

A.T : Je ne sais pas, et je ne veux surtout pas me poser la question. J’ai toujours vécu comme cela. Ce métier est tellement compliqué qu’on ne peut jamais prévoir ce qui va arriver. Auquel cas on risque d’être déçu. Je crois en une seule chose : ma bonne étoile. J’ai confiance.

Propos recueillis par Elie Selam et Thibaut Carage

Voici la vidéo de « L’avocat de la salade, de la frite et de la saucisse » :