Blues blanc rouge à Shangaï

Bienvenue à Shangaï … Et Bonne chance ! Loin de la carte postale naïve de l’eldorado chinois, Fred Garson nous emmène dans « Le nouveau New-York », là où le business est roi.

L’aventure commence avec une promotion proposée à Rémy, jeune architecte. Seul problème : elle est située à Shangaï. Obligé de l’accepter, sous peine d’un licenciement, Rémy doit d’abord convaincre sa femme Marine de partir, sans enjoliver la vérité .  Le jeune couple pose finalement ses bagages en Chine, en se retrouvant devant une position inédite : celle de l’immigré face à une civilisation qui lui est totalement hermétique.

Un nouveau départ: être l’immigré

Le jeune homme, certain que son avenir se joue ici et maintenant commence à prendre goût à la vie asiatique, tandis que sa femme, elle, vit un véritable enfer, et se perd dans la démesure de la ville, malgré la présence d’une communauté française accueillante. Mais à peine arrivé que déjà les rôles s’inversent. Le mal du pays se fait ressentir chez les plus installés, tandis que les autres prennent petit à petit leurs aises.

Rémy, jeune architecte fraîchement arrivé à Shangaï

Rémy, jeune architecte fraîchement arrivé à Shangaï

Fred Garson réussit avec « Shangaï blues, nouveau monde » un exercice difficile. Raconter l’exil chinois, en s’affranchissant des clichés. Car le film ne raconte pas seulement l’histoire de français qui tentent de s’intégrer en Chine.  C’est aussi l’histoire d’un pays complètement transformé, et dont même les citoyens ont du mal suivre le rythme effréné.

Gros plans braqués sur les sentiments

Sur la forme, la caméra se place au plus près des sentiments des acteurs avec des très gros plans qui rendent compte avec précision de l’étouffement, de la colère ressentis par les personnages. Le couple formé par Rémy (Clément Sibony) et Marine (Elodie Navarre) fonctionne très bien à l’écran, avec juste ce qu’il faut de complexité dans la relation. On retiendra aussi une excellente distribution pour les seconds rôles qui servent parfaitement le déroulement de l’intrigue, avec notamment un autre couple, franco-chinois cette fois avec Xin Wang et Samuel Jouy. Seul regret, on aurait aimé un peu plus de profondeur narrative dans les seconds rôles. Bien que « Shangaï Blues, nouveau monde »  ne soit pas un film choral, on aurait bien voulu en savoir plus du côté des personnages chinois, pour une meilleure insertion dans le contexte sociétal chinois. En attendant ce film reste une très bonne découverte, avec ce qu’il faut de légèreté pour un beau voyage au pays du dragon.

Jalal Kahlioui