Silence radio… ça tourne

 Silence Radio, tout nouveau lauréat du prix Télérama 2013, est un portrait plein de tendresse et d’humour de la Picardie.  Valéry Rosier propose un documentaire centré autour du rôle social indispensable de Puisaleine Radio, une radio locale gérée par des bénévoles. Tous les protagonistes retrouvent dans cette radio les chansons qui ont animé leur jeunesse.

Il est un endroit où le temps s’arrête, où tout a la saveur fade d’un quotidien aussi plat que les plaines de Picardie. Une odeur que nous connaissons tous, celle de la maison de papy et mamie, celle d’une vie qui s’est écoulée entre les murs tapissés de papier peint terni par le temps. C’est dans cette ambiance que Valéry Rosier nous plonge. Grand saut dans la ruralité profonde, ces villages dans lesquels le « troisième âge » peuple les pavillons fleuris. Mais à travers sa caméra, le documentariste pimente ce bouillon. Aux préjugés de l’imaginaire commun, il ajoute du réalisme. Le voile se lève, on voit alors de la vie, de l’amour, celui des gens et de la chanson française.

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En apparence, Marie-Thérèse, Martial, Georgette et les autres ne partagent rien si ce n’est leur âge et un léger accent picard. Une vie bien rangée, rythmée par les repas solitaires et par les émissions de télévisions. Au contraire le réalisateur amène de la fraîcheur, comme une brise vitale sur ces gens « ordinaires ». La radio locale, c’est elle qui les fait vivre à grand coup de mélodies d’antan, de valses, d’accordéons et de chansons française. Tino Rossi, Michel Sardou, Barbara, ces personnages de leur époque ont marqué leur vie à tous. Alors Georgette et Marie-Thérèse reprennent des couleurs à nos yeux. Liés, rassemblés autour de Puisaleine Radio, soleil nostalgique autour duquel tous gravitent, ils se rencontrent, s’aiment, rient, programment la musique qu’ils aiment, dansent et chantent.

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Valéry Rosier, avec ses images de maître, donne de la profondeur à son film. Il nous donne envie d’aimer les gens, de rire, de s’émouvoir. Bref, son œil et son objectif transmettent une incroyable empathie pour ceux qu’on appelle « les vieux ». A l’inverse des documentaires sensationnels, il filme tout ou presque en plan fixe. Sa maîtrise et son énorme sens de la composition de l’image donnent un rendu très pur et esthétique. Le tout, dynamisé par un gros travail sur le montage et sur le son. Les plans sont posés, comme suspendus, ils captivent nos yeux. Le documentariste possède aussi une vraie culture picturale qu’il réinvestit dans certaines scènes. Avec un énorme effort sur l’image, le montage, le son et le réinvestissement d’une culture solide, Valéry Rosier tisse une belle histoire. Défi réussi.

 Arthur GROS