janvier 27

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AMOUR, GLOIRE ET / FAMILLE

Ce n’est ni le portrait d’un ancien président déchu, ni le récit d’une campagne politique qui nous sont proposés ; encore moins la révélation des frasques d’un politicien. C’est au contraire l’histoire sensible d’une famille déchirée par la conquête du pouvoir.

Dans son documentaire Les Chirac, une famille au cœur du pouvoir, Pierre Hurel mélange en effet anecdotes caustiques et moments d’émotion savamment dosés, qu’Emmanuel Chain, dans son petit discours de présentation d’avant-projection, qualifie « d’écriture à la Vanity fair ». En version américain, ce documentaire aurait très bien pu donner Les malheurs des Kennedy.

chiracBien que la famille Chirac ait toujours su cacher son malheur et doser ses démonstrations de joie devant les médias, le véritable travail d’archives de Pierre Hurel dévoile les souffrances profondes des protagonistes de la famille Chirac. Entre Laurence, la fille ainée, atteinte d’anorexie mentale, Claude, la cadette, toujours rebelle, et Bernadette souvent délaissée et incomprise par sa famille, la frivolité de Jacques à la mairie de Paris amène les trois femmes à se disputer l’amour du mari et du père. Un père qui ne garde pour seule maitresse que le pouvoir. Le réalisateur choisit donc de délaisser les stratégies politiques pour s’intéresser à la personnalité des membres de la famille.

Et comme les chapitres d’un livre, on passe des premiers pas en politique de Jacques Chirac, à la jeunesse des deux filles Claude et Laurence, et à l’accession à la stature de première femme de Bernadette. C’est un objectif réussi pour Pierre Hurel qui arrive ainsi à nous attendrir. L’ancien président nous émeut par la solitude qui le ronge, par la souffrance de voir sa fille malade. Il nous fait rire avec sa légèreté, son humour et la façon de regarder ce qu’offre le monde avec les yeux d’un gosse. Bernadette ne nous fait plus peur. Femme de caractère, elle a du s’imposer face à un homme pour le moins envahissant. Claude n’est pas une chargée de communication harpie et sans cœur avec les journalistes. Aimante et dévouée, la fille cadette est restée la plus fidèle collaboratrice de Jacques. Et Laurence dont on ne sait si peu de chose, sauf qu’elle souffrait de l’absence de son père.

 Le portrait d’un homme

Les préjugés s’envolent laissant place à un certain attachement. Loin des joutes politiques, on préfère écouter Jacques Chirac et Lionel Jospin débattre, à la fin du discours d’entre-deux-tours, de comment les français aiment les prises de paroles télévisés. On apprécie la réplique de l’ancien maire de Paris face à un journaliste : « Comment aimez-vous passer votre temps libre, Monsieur Chirac ? – J’aimerai avoir le temps de consacrer du temps à tous ces passes temps ». On se régale de ces répliques culottées : « Depuis que je suis à la mairie de Paris, j’ai le goût du pouvoir satisfait » ou encore « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Homme sincère et de répartie, il sait séduire son monde.

Jacques Chirac a été le président de la France pendant 12 ans. Mais c’est les larmes aux yeux qu’il quitte son rôle de dirigeant. Pierre Hurel a voulu nous peindre le portrait d’un grand homme ou du moins juste un homme. Et c’est plutôt conquis que l’on sort de la projection.

Hortense REBERAT