La dictature argentine réapparait avec Valenti


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Lors de la 26ème édition du FIPA, le réalisateur Alexandre Valenti présentait en avant-première son dernier reportage. « Argentine, les 500 bébés volés de la dictature » raconte l’une des histoires les plus sombres de la dictature argentine : celle des milliers de disparus et des centaines d’enfants arrachés à leurs familles.

De 1976 à 1983 les militaires au pouvoir séquestrent des femmes enceintes, les font accoucher puis les assassinent. Au moins 500 bébés sont ainsi récupérés par la dictature, tel un butin de guerre. Comment ce plan d’Etat a-t-il été orchestré ? Avec des reconstitutions fidèles aux témoignages mais édulcorées, Alexandre Valenti explique l’horreur : le centre clandestin de détention de l’ESMA (école supérieure de mécanique de la marine), le fleuve où étaient jetés les corps des mères… C’était, il n’y a même pas 40 ans. Le reportage raconte surtout le combat des grands-mères de la place de Mai (Las Abuelas de Plaza de Mayo). Toutes ont perdu un fils, une fille, un petit-fils ou une petite-fille volés par la dictature. Depuis les faits elles se regroupent sur cette place au centre de Buenos Aires pour crier justice. Des premiers rassemblements, jusqu’aux appels aux disparus diffusés à la télé, en passant par l’aide de la génétique, Alexandre Valenti raconte cette longue bataille. Celles qu’on appelait « las locas » n’ont jamais baissé les bras. Comment retrouver à 20 ans son identité, en même temps que sa véritable famille ? Comment accepter une vérité si terrible ? Le réalisateur filme avec brio retrouvailles et remise en question de l’identité.

Un reportage poignant

Les nombreux témoignages, bouleversants, donnent une force surprenante au film. Les nombreuses images d’archives illustrent l’incroyable persévérance des grands-mères. Le réalisateur réussit à inscrire cet événement terrible dans le présent. Après trente-cinq ans de silence, s’est ouvert l’été dernier un procès emblématique à Buenos Aires. Celui des chefs de la dictature, jugés et condamnés entre autre pour avoir mis en place un « plan systématique de vols de bébés ». Le film livre les images du procès. Un moment fort. Coupables, grands-mères et enfants volés sont réunis dans la même salle.

Alexandre Valenti, a lui-même fuit son Argentine natale au début de la dictature et a vu disparaitre ses amis. Son reportage dénonce avec justesse cette page noire de l’Histoire. Les grands-mères ont pour le moment retrouvé 107 enfants. L’Argentine est entrain de régler ses comptes, Las Abuelas n’abandonnent pas, près de 400 enfants restent à trouver.

Lucie Marmey