«Utopia», embarquement immédiat

« Where’s Jessica Hyde ? » Si un jour, un étrange individu vous pose cette question, fuyez. Vous êtes tombé sur un membre de l’organisation secrète Network, et votre vie est salement en danger.

Cette rencontre, le personnage des premières séquences de la série britannique Utopia en fait les frais. La scène de début du pilote donne le ton : violence décomplexée et personnages très typés. Deux tueurs sans pitié recherchent… une bande-dessinée, nommée Utopia. Un petit groupe de fans du graphisme du dessin, Ian, Becky, Grant, et Wilson, se rencontrent sur Internet. Quand l’un d’eux se retrouve en possession du manuscrit original, les ennuis commencent. Le Network (« le Réseau »), personnalisé par un spécialiste de la torture et son acolyte sans sentiments, les poursuit alors sans relâche. Rien ne semble pouvoir arrêter leur recherche, comme s’ils disposaient de ressources infinies. Le décalage entre les gens, très ordinaires, qu’ils traquent et le monde dans lequel ils avancent est frappant. L’univers est réel, et pourtant il a tout d’artificiel : rues désertes, plans lents et larges, couleurs saturées, décors pop. Entre un jeu vidéo et un comic.

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Avec beaucoup d’autodérision et de finesse, le réalisateur Dennis Kelly mélange l’absurde, le prophétique, les théories du complot, l’humour noir, et ces gens banals qui se trouvent piégés dans une histoire qui les dépasse dès la première seconde. Et nous aussi. On ne nous laisse aucune longueur d’avance, évoluant exactement au même rythme que les personnages. Tout est étouffant, jusqu’à la bande originale millimétrée. Pour se faire une petite idée, certaines musiques ont été composées avec des os humains :

Utopia nous emmène loin aux limites de la paranoïa, se dévoile à peine, et jamais gratuitement. Les deux premiers épisodes de la saison 1, sur les six prévus, sont déjà sortis Outre-Manche. En France, aucune chaîne ne s’est encore manifestée. On a pourtant hâte de se mordre à nouveau les doigts, car le producteur, présent au FIPA, a annoncé qu’un bouleversement profond et beaucoup plus énorme surgira à partir du cinquième épisode. Certains masques pourraient bien tomber…

Une série à très grand potentiel d’addiction, l’impression d’avoir été embarqué à son insu dans un navire bourré de pièges à destination inconnue… sans même regretter le voyage.

Elvire Simon