« La précarité, je connais »

Précaire. Voilà l’adjectif qui définit plus d’un tiers des jeunes de notre région. En 2010, 34,6 % des moins de 25 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en région Paca, selon l’Insee.

C’est le cas de Ouafa, 18 ans et étudiante en LEA à Nice. Depuis trois mois, elle fait ses courses à Agoraé, l’épicerie solidaire pour les étudiants niçois, créée par la fédération Face 06. « Ma bourse ne paie même pas mon loyer. Je peux compter financièrement sur ma famille mais je mets un point d’honneur à rester indépendante », confie-t-elle. Ce lundi après-midi, Ouafa en profite : « pour une fois, il y a des produits frais, des épices, du lait de coco. » Les jeunes bénéficiaires d’Agoraé disposent d’un panier de sept euros par mois et paient leurs produits 10 % le prix du marché. « Nous aidons des jeunes sans bourse, étrangers, en rupture familiale ou ayant redoublés plus de deux fois », explique Hélène, bénévole à l’association. Pour bénéficier de l’aide, il faut, après paiement des charges, que le « reste à vivre » soit inférieur à sept euros par mois. Un an après sa création, Agoraé accueille 53 étudiants sur les 30 000 que compte l’université de Nice. « La démarche reste difficile à faire », admet Hélène.

Le parcours du combattant

Être précaire, c’est faire des concessions, parfois en sacrifiant ses besoins élémentaires. Après avoir payé les frais incompressibles (loyer, charges, frais scolaires), les ressources restent minces pour ces jeunes en galère. Selon l’étude nationale Jeunes, une génération précaire du Secours catholique, réalisée en 2010, à la question « qu’est-ce qui ne va pas du tout aujourd’hui ? » 28% des 18-25 ans répondent le manque d’argent et les dettes. « La jeunesse est une phase de transition et d’instabilité. Passer de la formation à l’emploi, trouver un logement et fonder une famille est devenu un parcours du combattant », précise cette même étude.

Ouafa, 18 ans, fait ses courses à Agoraé, l’épicerie solidaire pour les étudiants niçois.  Crédit : Mathilde Frénois

Ouafa, 18 ans, fait ses courses à Agoraé, l’épicerie solidaire pour les étudiants niçois. Photo : M.F.

 

Objectif autonomie

Le logement est le premier poste de dépenses des ménages. A Cannes, le Logis des jeunes de Provence met à la disposition des étudiants et des nouveaux actifs 220 appartements. « Les jeunes dans les situations les plus difficiles sont ceux en rupture familiale », fait remarquer Hamid Lakhdarchaouche, directeur de l’espace Mimont. « L’hébergement n’est qu’un support. Nous mettons en place un accompagnement professionnel, culturel, psychologique et sanitaire. » Objectif : l’autonomie en moins de 18 mois.

« La précarité des jeunes est aussi celle de leur famille », détaille l’étude du Secours catholique. A 22 ans, Vincent est en BTS audio-visuel. « J’ai galéré toute ma scolarité et le mot précarité, je connais ! » Quatre enfants à la maison, un père au chômage, et c’est la situation financière de toute la famille qui flanche. « C’est bien beau d’être boursier mais une fois le loyer, la nourriture, la téléphonie et le bus payés, je suis hors-budget. Du coup, faire des sorties, c’est impossible ! », déplore-t-il. Une précarité qui a un impact sur sa vie étudiante : « Je voulais faire une grande école de cinéma mais je suis obligé de rester dans le public. » Trouver un job ? Impossible pour Vincent, son emploi du temps ne lui permet pas. Il travaille seulement pendant les vacances. « Quand on est dans ma situation et qu’on fait des études, il faut avoir la foi », ironise-t-il.

Mathilde Frénois
Hortense Rebérat

Bonus :

Trois combines pour arrondir ses fins de mois

 Trucs et astuces pour dépenser moins au quotidien, sans être radin.

Je dors chez une personne âgée. Lens est un jeune étudiant Gabonais. En arrivant en France, il n’avait qu’une idée en tête : trouver un logement bon marché. Il a dégoté le bon compromis : la cohabitation avec Josette, une octogénaire qui cherche à arrondir ses fins de mois. « Je loue une chambre pour 245 euros par mois, affirme le jeune homme. J’ai accès aux pièces communes mais le gros bémol c’est le partage des sanitaires. »

Je mets de la pub sur ma voiture. Apposer quelques autocollants promotionnels sur sa voiture et gagner jusqu’à 300 euros par mois, c’est le concept qui a séduit Léo : « Je l’ai fait pour l’aspect financier. J’ai engrangé 7000 euros : un bar-restaurant nîmois fait sa pub sur ma voiture. » Un seul mot d’ordre : roulez ! Les conducteurs ont un périmètre géographique à respecter et un certain nombre de kilomètres à effectuer. Seul risque : être pris pour un panneau publicitaire.

Je me fais chouchouter dans une école d’esthétique ou de coiffure. L’Ecole Balzac à Cannes dispose d’un salon pédagogique pour que les étudiants se fassent la main. Neuf euros l’épilation des demi-jambes, le prix est divisé par deux par rapport à une grande enseigne. Tout au long de l’année, Aude est le modèle attitré d’un apprenti-coiffeur. « Il y a des coups de ciseaux ou des couleurs ratées. Heureusement, le professeur passe derrière pour rattraper les erreurs », nuance-t-elle. C’est le faible coût des prestations qui a attiré Aude, mais pas seulement : « c’est un projet commun puisque l’étudiant passe son diplôme de fin d’année avec moi. »