Le troisième sacre du Nigéria

Avec le peu de décalage horaire, la diaspora africaine vivant à Cannes pouvait vivre la Coupe d’Afrique des Nations en direct. Nous nous sommes alors donné rendez-vous ce dimanche 10 février 2013 à 19h chez Ibrahim, 29 ans, pour la finale qui oppose le Nigeria au Burkina Faso.

Des gens d’origines différentes, Marocains, Ivoiriens, Congolais, Camerounais, Cap-verdiens, mais le seul Burkinabé présent est notre hôte pour cette finale. Qu’à cela ne tienne, très rapidement trois clans se définissent : les « naïjas », partisans du Nigeria, les « bukis » venus encourager le Burkina Faso, et les « rageux ». Entendre par ce dernier terme ceux qui ne digèrent toujours pas que leurs équipes aient été éliminées.

Dans la bonne humeur

Le match commence dans une ambiance bon enfant, on s’interpelle, on prend les paris : « Okay, si le Nigeria gagne je m’occupe de la vaisselle pendant trois semaines » lance Ibrahim à Sabrina, sa compagne qui soutient les Super Eagles nigérians.
Vingt-huitième minute de jeu, coup franc de Bancé, qui rate la cible de quelques centimètres ! Les paris repartent de plus belle ! Le jeu se poursuit avec des Burkinabés plus agressifs et, de fait, la tension monte d’un cran dans le salon. A la trente-troisième minute, Rouamba écope du premier carton jaune de la rencontre. « Voilà, voilà ! Vous ne savez pas jouer alors vous cognez les joueurs ! » lance Karim, nigérian d’un soir. Les rires fusent.

Les Super Eagles célèbrent leur troisième victoire en finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Photo : AP

Les Super Eagles célèbrent leur troisième victoire en finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Photo : AP

Le but de la soirée

« Bon, à votre avis, on va avoir un but avant la fin de la première mi-temps ? », à peine ces mots prononcés que les joueurs s’affolent sur le terrain. Tout le monde retient son souffle et… BUUUUUT de Mba sur une reprise de volée du pied gauche ! Les « naïjas » sautent de joie, les autres retiennent difficilement leurs sourires : « Ouais, enfin c’était un peu brouillon…» marmonne un supporter du Burkina « Mauvaise foi ! » réplique fan des Super Eagles. Le match reprend, et on peut sentir que ce but a réveillé les deux équipes, mais la mi-temps est sifflée et le score est toujours d’un but à zéro en faveur du Nigeria.
Dans le salon, c’est la mi-temps aussi, on remplit les verres, on fait connaissance et les paris un peu stupides continuent « Bien sûr que le Nigeria va gagner ! S’ils perdent je veux bien me faire un tee-shirt avec des chevaux dessus (les joueurs burkinabés sont surnommés les Etalons, ndlr) ». « Mais au fait, la petite finale ? » demande Jean.

Paul Keba et sa coupe de cheveux fantasque. Photo : Getty Image

Paul Keba et sa coupe de cheveux fantasque. Photo : Getty Image

« Ooooh dis on verra ça après ! » La finale reprend à Johannesburg et la bonne humeur continue à régner devant l’écran à Cannes.
Les Nigérians accaparent le ballon, mais la fatigue des matchs précédents se fait sentir : plus de fautes, et des actions un peu douteuses. Quand Mussa tombe seul au moment de recevoir le ballon, chacun y va de son commentaire « Mais c’est quel genre de sorcellerie ?! » s’insurge quelqu’un dans la salle « Tu ne savais pas que les Bukis sont des grands marabouts ? » répond Karim amusé. « Les gars, si vos joueurs ne savent pas tenir sur leurs jambes ça n’a rien à voir avec nous ! » rétorque un « buki » les yeux rivés sur l’écran. Une action de Sanou interrompt ces dialogues et les Etalons semblent vouloir faire remonter leur score. Soudain quelqu’un s’insurge « Non non, on ne peut pas laisser [la coiffure de Paul Keba] impunie ! Ça déconcentre les adversaires ! » Même les supporters de l’équipe burkinabaise rigolent face à l’indignation de celui qui a parlé.

Les dernières minutes du match s’égrènent péniblement et sans grande surprise, le Nigeria est sacré champion de la CAN pour la troisième fois. « Stephen Keshi, c’est un gars sûr ! » Tout le monde approuve : il est le deuxième homme à avoir remporté la CAN en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. « Bon, y a quelqu’un qui a de la vaisselle à faire je crois ! »

Yema Lumumba