En Russie, l’opposition toujours plus muselée

Sergueï Oudaltsov, leader du Front de Gauche russe, doit comparaître devant la justice le 6 avril 2013. Inculpé en octobre 2012 pour « préparation à l’organisation de troubles massifs », la justice lui avait interdit de quitter le territoire russe jusqu’à son procès en avril 2013. Le tribunal Basmanny à Moscou en charge de l’affaire a alourdi cette sanction en l’assignant à résidence, samedi 9 février.


Un « documentaire » très orienté politiquement, que l’on pourrait rapprocher d’une propagande pro-gouvernementale, avait permis à la justice russe d’inculper Sergueï Oudaltsov, fervent opposant au régime de Vladimir Poutine. Ce film, intitulé Anatomie de l’opposition, avait clairement pour but de discréditer cet homme et son parti. Il rappelle presque les films de propagande de la Guerre froide, diabolisant les « ennemis du régime », à la seule différence qu’aujourd’hui, ce sont les opposants internes au pays qui sont attaqués. Négociations avec l’étranger, complots, préparation d’actes terroristes… Tout y est pour décrédibiliser Oudaltsov et son parti . Quoi qu’il en soit, ce documentaire a donné un prétexte à la justice pour inculper le leader d’extrême gauche, qui risque 10 ans de détention dans un camp de travail.

Oudalstov est un homme très engagé, et s’il se lance en politique 1998 en se présentant sur la liste d’un « bloc stalinien pour l’URSS », il se tourne rapidement vers une extrême-gauche plus moderne et plus modérée. Il organise régulièrement avec son parti des manifestations anti-Poutine. S’il est déjà passé devant les tribunaux plusieurs fois pour ses actes engagés, il réfute les dernières accusations contre lui, affirmant que c’est un coup monté.

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Oudaltsov lors d’une manifestation anti-Poutine à Moscou. Photo : AFP

La justice pointée du doigt

En attendant son procès en avril, Oudaltsov ne peut plus quitter son appartement, ni utiliser le téléphone ou internet. Les seules personnes avec lesquelles il peut communiquer sont les représentants de la police, les avocats et les membres de sa famille. Son avocate, Violetta Volkova, accuse le tribunal Basmanny de Moscou d’être asservi au pouvoir et d’orienter les jugements, souvent plus stricts envers les opposants. Certains parlent même de « justice basmanienne », faisant référence aux pratiques de cette cour. En effet, ce n’est pas la première fois que ce tribunal est au cœur des polémiques sur les tensions entre Vladimir Poutine et ses opposants. C’est notamment là que les affaires Pussy Riot et Khodorkovski ont été jugées.

Des droits de l’Homme trop souvent bafoués

Difficile, donc, d’espérer qu’Oudaltsov puisse faire valoir ses droits. Preuve qu’en Russie, s’opposer au régime est une prise de risques énorme. Selon le rapport annuel de Human Right Watch, une ONG qui observe le respect des droits de l’Homme à travers le monde, la société civile russe a été soumise en 2012 aux pires répressions que la Russie ait connues depuis la chute de l’Union soviétique. HRW pointe du doigt la régression en terme de droits de l’Homme : « Des nouvelles lois restreignent les organisations non-gouvernementales, et ébranlent les libertés d’association et d’expression. »

Romane Idres