En route vers les Oscars: Amour

A l’occasion de la 85ème cérémonie des Oscars qui se tiendra dimanche 24 février à Los Angeles, Buzzles se concentre sur les films nominés dans la catégorie « meilleur film ». Aujourd’hui, Amour de Michael Haneke.

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La palme d’or du dernier Festival International du Film de Cannes est sortie en salle le 24 octobre dernier.

Une baffe dans la gueule n’est jamais agréable. On enrage, puis après coup on se dit que c’était peut-être nécessaire. Funny Games, précédent film de Michael Haneke réputé pour sa violence, est presque un conte à côté d’Amour, avec une petite morale sympa. Ici il n’y a rien, plus rien, et les sentiments, les émotions que dégage le film sont renvoyées sur le spectateur, émotions impuissantes, vaines face au drame qui se joue, qui n’est plus un film, mais un face à face avec la mort en plans fixes, beaux.

La mort ricane derrière votre épaule dans ce chic appartement parisien où Anne finit sa vie, parfois le regard vide, parfois secouée de spasmes, souvent allongée à longueur de journée, délirant sur sa vie passée. Quelle délivrance quand son mari Georges ferme la porte à clé ! C’est alors qu’on entend une plainte, lancinante : « mal »«  Il ne faut pas trop le prendre au sérieux, elle délire, elle pourrait tout aussi bien dire autre chose » dit l’infirmière.

Mais c’est impossible, dans ce huis-clos glacial, plus rien n’a de sens, on n’y voit que la condition humaine, exposée sans sourciller sous vos yeux et qui finit par vous étouffer. « Rien de tout cela ne mérite d’être montré » nous dit Trintignant, accablé. Oui, mais alors pourquoi ? Derrière la mort de l’imaginaire et le réalisme cru pointe l’humanité, qu’on aperçoit enfin à travers la vieillesse. Déchirant le voile du culte de la jeunesse sévissant dans notre société moderne, Haneke arrive à montrer l’Homme depuis sa déchéance. Chaque scène est un combat intérieur pour Georges, seul, et chaque plan, chaque dialogue, se transforme alors en pure poésie. Merci à Haneke d’avoir levé le tabou d’aujourd’hui : la vieillesse et la mort, sans le mythifier. Entre des vagues de films jouant la surenchère d’actions, d’effets spéciaux, de spectacle, voilà un tsunami pour tout remettre en place : Amour.

Maxime Morin

Note : Cette critique avait originellement été publiée sur Buzzles  en novembre 2012.