En route vers les Oscars : Argo

A l’occasion de la 85ème cérémonie des Oscars qui se tiendra dimanche 24 février à Los Angeles, Buzzles se concentre sur les films nominés dans la catégorie « meilleur film « . Aujourd’hui, Argo de Ben Affleck.

Une adaptation réussie

Nous sommes le 4 novembre 1979 en fin de matinée. En Iran, près de 400 jeunes islamistes manifestent devant l’ambassade des Etats-Unis. La raison : ils exigent l’extradition du Shah Mohammed Reza Pahlavi. Ce dernier s’est réfugié au Mexique puis s’est fait soigner aux Etats-Unis.

Le  4 novembre 1979 à Téhéran, les jeunes islamistes rentrent dans la cour de l'ambassade. Photo : DR

Le 4 novembre 1979 à Téhéran, les jeunes islamistes rentrent dans la cour de l’ambassade. Photo : DR

Alors que la tension monte autour de l’ambassade du « grand Satan », le personnel décide de brûler tous les documents confidentiels. Voyant de la fumée sortir du bâtiment, les étudiants forcent l’entrée. 52 membres du personnel diplomatique sont pris en otage. Seul six d’entre eux parviennent à s’enfuir et trouvent refuge chez l’ambassadeur canadien Ken Taylor. La première séquence est frappante de réalisme tant les images réalisés par Ben Affleck semblent se superposer aux images d’archives. Tout est fait pour que l’on plonge dans le film et son époque : de la clameur des manifestants à la plastique du film, des grosses lunettes à l’architecture des bâtiments.

A la suite de cette prise d’otage, Tony Mendez, prodigieusement interprété par Ben Affleck, entre en jeu. Ce spécialiste des exfiltrations doit élaborer un plan pour ramener les six personnages diplomates aux Etats-Unis. Après des heures de débats, « la moins pire des mauvaises idées » est privilégiée. L’idée de Tony Mendez est alors retenue. Il sera chargé de monter un projet de film. Les six hôtes de l’ambassadeur canadien devront former « une équipe technique en repérage pour un long-métrage de science-fiction intitulé Argo ». Pour ce faire, la CIA fait appel à deux grands noms d’Hollywood, John Chambers interprété par John Goodman et le producteur Lester Siegel. Si le personnage de Tony Mendez reste très sérieux durant le déroulement de l’opération, les deux professionnels d’Hollywood sont sur un registre plus burlesque. Leur rôle : monter de toutes pièces la promotion, le financement et la production de ce film ayant toutes les caractéristiques d’un navet. En résumé, l’agent de la CIA va retrouver les diplomates américains à l’ambassade américaine puis tous vont quitter le pays en se faisant passer pour une équipe de film.

Un thriller haletant

Storyboard du film Argo. Photo : DR

Storyboard du film Argo. Photo : DR

Ceux qui aiment le suspense ne seront pas déçus. Pendant deux heures, on reste agrippé à son siège. Pour beaucoup, le dénouement est connu mais chaque scène est toujours plus intense. Plus les diplomates se rapprochent du but, plus la tension monte. La scène de l’aéroport en est l’apogée. « L’équipe technique » d’Argo, accompagnée de Tony Mendez, se présente à la douane. Pendant de longues minutes, les ressortissants sont interrogés. Dans le même temps, les autorités basées à Téhéran découvrent la supercherie… Pourtant, selon le rapport de Tony Mendez remis en 1999 à la CIA, le passage à l’aéroport se déroula sans encombre.
Ce n’est pas la seule scène où la fiction est peu fidèle à la réalité, et c’est d’ailleurs le seul reproche qu’on peut faire. Dans une interview, Ben Affleck détaille les raisons de cette « re-scénarisation » de l’histoire : « Au début du film, nous précisons qu’Argo est basé sur une histoire vraie, au lieu de dire que c’est une histoire vraie. A partir de là, nous sommes autorisés à romancer. Mais il y a un esprit de vérité. »

La séquence dans le grand bazar de Téhéran, tournée en Turquie, où l’équipe technique est censée « repérer » les lieux, n’a jamais existé. En réalité, les diplomates n’ont jamais vraiment été en danger avec Tony Mendez…
Quoi qu’il en soit, Argo fait figure de favori dans la course aux Oscars, avec 7 nominations, dont l’Oscar du meilleur film et a remporté hier soir le César du meilleur film étranger.

Victor Vasseur