Le prix réel du chocolat

Des enfants arrachés à leur famille pour travailler douze heures par jours dans des plantations de cacao. C’est la face cachée du chocolat que l’on dévore chaque jour !


En 2010, les Français ont consommé 403 000 tonnes de chocolat, plus de 12 kilos par seconde, et environ 7 kilos par personne. Dans le monde, ce sont trois milliards de kilos de chocolat consommés chaque année.
Mais ce que les gourmands ignorent, c’est qu’ils sont complices d’esclavagisme ! En effet, le Ghana et la Côte d’Ivoire produisent environ les trois quarts du cacao dans le monde et on estime que des centaines de milliers d’enfants travailleraient, chaque jour, dans les plantations à travers ces deux pays. Le travail et l’esclavage des enfants sont monnaie courante dans les plantations de cacao. Un scandale dont les fabricants de chocolat ont connaissance depuis de nombreuses années.

Selon l’Unicef, plus de 200 000 enfants travaillent dans les plantations de cacao en Afrique.

Les enfants sont enlevés par des trafiquants, arrachés à leur village et à leur famille puis traversent, de force, la frontière du Mali, du Congo, du Burkina Faso pour travailler dans les plantations de cacao. Ils ne parlent pas la langue du pays et n’ont aucun papier. Ils sont fait prisonniers.
Les fermiers achètent des enfants âgés de 7 à 14 ans pour environ 200 euros, afin de leur faire récolter les fèves de cacao. Les petites mains travaillent 12 heures par jour, de 6 heures jusqu’à 18 heures, avec pour seule récompense les coups que les fermiers leur infligent, parfois, lorsqu’ils ne veulent plus travailler. Les filles, en plus de leur fonction dans les plantations sont parfois utilisées en tant que domestiques.
Leur quotidien, dans les plantations, consiste en des tâches difficiles telles que la cueillette des cabosses, l’extraction des graines à l’aide de machettes, le déplacement de charges très lourdes et l’application de pesticides. Les enfants souffrent de carences alimentaires et de problèmes liés à l’emploi de ces produits chimiques. Outre les dommages corporels et psychiques, l’absence d’éducation scolaire brise toute perspective d’avenir pour ces enfants.

L’industrie du chocolat responsable

Les grandes entreprises comme Mars, Nestle ou ADM déclarent que les plantations n’appartiennent pas aux fabricants de chocolat et déclinent ainsi toute responsabilité. Pourtant, le protocole Arkin Angel prévoit le contrôle et la certification des plantations.
Ce protocole est un engagement volontaire, signé en 2001 par d’importants acteurs de l’industrie du cacao et du chocolat. Les organisations de défense des droits de l’homme regrettent que ce protocole ne soit pas respecté.

Agir en tant que consommateur

En 2007, un journaliste néerlandais porte plainte contre lui-même pour consommation de chocolat et complicité d’esclavage dans les cacaoyères de Côte d’Ivoire.
Teun van de Keuken souhaite être condamné à une peine de prison afin d’alerter les consommateurs sur le travail forcé des enfants dans la filière cacao et contraindre les entreprises à agir contre ce phénomène
L’article 46 du code pénal des Pays-Bas stipule en effet qu’acheter un bien dont on sait qu’il est issu d’une activité criminelle est passible de 4 ans de prison, et l’esclavage est criminel. La plainte de Teun van de Keuken a été rejetée deux fois par les juges.
L’état ne condamne pas l’esclavagisme, et les consommateurs le tolèrent à travers leurs achats. Les hauts fonctionnaires, les entreprises, et nous tous nions le trafic d’enfants. L’esclavagisme est purement et simplement toléré, jusque dans nos foyers !
Des petites mains au service de l’industrie du chocolat, et une enfance au travail, voilà le véritable prix de nos tablettes.

Jessica Coudurier

Une fève de cacao pèse en moyenne 500 grammes, un sac en est composé d’une trentaine.
Photo: DR