Yoani Sanchez quitte Cuba le temps d’une tournée mondiale

Il aura fallu cinq ans pour que la journaliste et blogueuse cubaine Yoani Sanchez (Generación Y) parvienne à obtenir l’autorisation de quitter le territoire cubain. La plus célèbre dissidente au régime castriste a débuté au Brésil une tournée mondiale qui la conduira dans plusieurs pays d’Europe et d’Amérique du Sud.

Elle a quitté son île natale, Cuba, le 17 février dernier pour démarrer une tournée digne de celle d’un homme politique ou d’une vedette de la musique. Un programme chargé qui la mènera dans une douzaine de pays, principalement en Amérique latine et en Europe. « Cette tournée ouvre une nouvelle page de ma vie. En tant que journaliste, ce sera aussi une expérience magnifique » explique la célèbre blogueuse à l’AFP. Outre le Brésil, Yoani Sanchez espère se rendre au Mexique, aux États-Unis, en république Tchèque, en Italie, en Espagne, en Pologne et aux Pays-Bas.

La voix de toute une Génération.

Plus qu’une simple opposante ! Après avoir séjourné deux ans en Suisse, Yoani Sanchez décide de rentrer à Cuba et d’être l’une des figures emblématiques de la dissidence. En 2007, elle crée son blog “Generación Y”, référence à ses compatriotes qui, comme elle, portent un prénom commençant par Y, et sont nés dans les années 1970 et 1980, après la soviétisation de l’île. Un blog dans lequel elle étrille le système et le gouvernement de “la Perle des Caraïbes”. Un succès inattendu pour l’auteure, puisque son blog attire des lecteurs du monde entier et est traduit dans pas moins de 18 langues.
Devenue célèbre pour ses critiques acerbes, Yoani Sanchez, âgée de 37 ans, a reçu de nombreux prix internationaux dont le prix Ortega y Gasset du quotidien espagnol El Pais pour son blog “Generación Y”. Elle a aussi été classée par le magazine américain Time parmi les 100 personnes les plus influentes du monde et la chaîne de télévision CNN a répertorié son blog parmi les 25 meilleurs de la planète. Un succès qui dérange, puisque les autorités cubaines l’accusent d’avoir pris la tête d’une dissidence cybernétique. Un mouvement qui serait, selon Cuba, financé par Washington. En 2011, la chaîne Cubavision l’avait décrite comme un « mercenaire » engagé dans une « cyberguerre » à la solde des États-Unis. Sanchez est pratiquement inconnue à Cuba, où les moyens de communication sont contrôlés par l’Etat et l’accès à internet limité, même si son blog, lui, n’est pas bloqué passe à travers les restrictions de l’Etat.

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Photo : El Molino online.

Une recrudescence des demandes de passeports sur l’île

La blogueuse cubaine a patienté 5 ans avant que les autorités ne lui délivrent un laissez- passer. Sans la « carta blanca » personne ne peut quitter l’île. Mais depuis la mi-janvier 2013, la donne a changé. Les Cubains n’ont plus besoin du permis de sortie ni de la lettre d’invitation pour voyager. Un simple passeport suffit pour quitter Cuba. Ces derniers jours, bon nombre d’opposants au régime ont obtenu leur précieux sésame. Et la blogueuse est un espoir pour tous ces dissidents qui ont fait la demande pour un passe-droit, comme Berta Soler la dirigeante des Dames en blanc, l’association des épouses de prisonniers politiques, qui désire se rendre en Espagne et en Allemagne.

Yoani Sanchez qui a démarré sa tournée de trois mois a posté la veille de son départ sur son compte twitter un message adressé au gouvernement cubain : « N’espérez pas », même en rêve,  » que je ne reviendrai pas.  » Ce voyage n’est pas une fuite, elle promet qu’elle restera active sur les réseaux sociaux.

Vous pouvez retrouver Yoani Sanchez sur son compte Twitter et sur son blog.

Florence JOMIE