Quels espoirs pour le Venezuela ?

Le 5 mars dernier, en pleine nuit, les dépêches d’agence tombaient. Hugo Frias Chávez, l’insubmersible, succombait à un cancer dans la zone pelvienne après quatorze ans au pouvoir. Le Venezuela ne perdait pas seulement un président mais son leader. La campagne électorale, pour désigner son successeur, est officiellement ouverte depuis le 2 avril. Le 14 avril, le Venezuela tournera définitivement la page Chávez. Qui de Nicolas Maduro ou de Henrique Capriles Radonski représente la meilleure chance pour le pays ?

Seulement six mois après l’élection présidentielle qui avait érigé Hugo Frias Chávez en vainqueur, le Venezuela doit reprendre le chemin des urnes. Le 7 octobre dernier, le mythique Chavez avait battu son opposant Henrique Capriles Radonski à plate couture. Celui qui entend mettre fin au chavisme rempile cette année dans l’espoir de battre Nicolas Maduro, successeur désigné par Chávez peu avant sa mort. Chose peu aisée pour lui que d’outrepasser la grandeur du défunt président.

Nicolas Maduro et son pajarito

Etre le dauphin d’Hugo Chávez est un honneur autant qu’une tare. On aurait bien tort de reprendre à notre compte le surnom dont l’affuble parfois la presse. Car s’il est vrai que « l’ancien chauffeur de bus » n’est que l’ombre de son prédécesseur, Nicolas Maduro impressionne par son expérience politique. Il milite dès le lycée au sein de la Liga Socialista. S’ensuit une belle ascension : président de l’Assemblée nationale du Venezuela, ministre des Affaires étrangères, vice-président de la République et enfin, Président du Venezuela par intérim. Malgré cela, la presse (surtout française) le considère comme timide, sans aucun charisme ou encore modéré. Seulement, depuis la mort du leader bolivarien, le dauphin suit les pas de son maître. Discours fleuves et philosophie chaviste, Nicolas Maduro joue de sa proximité avec Hugo Frias Chávez. Un site internet s’est même amusé à calculer le nombre de fois où il prononçait le nom de celui qui lui serait apparu sous la forme d’un oisillon (pajarito en espagnol ndlr) : madurodice.com. Sa stratégie s’avère payante : 53% des Vénézuéliens voteraient pour lui selon un sondage de l’institut Hinterlaces. Son opposant l’accuse de faire preuve d’inconstitutionnalité pour être à la fois Président par intérim et candidat, mais rien n’y fait, l’esprit d’Hugo Chávez plane.

Nicolas Maduro joue de sa proximité avec Chávez.. Photo : Orlando Alvariez

Nicolas Maduro joue de sa proximité avec Chávez.. Photo : Orlando Alvariez

Maduro no es Chávez

« Maduro n’est pas Chávez ». C’est ce que scande Henrique Capriles Radonski qui doit se battre contre le mythe Chávez. Cet avocat de 40 ans fait partie de la Coalition pour l’Unité démocratique (Mesa de la Unidad Democrática) qui regroupe tous les partis s’opposant au chavisme. Au pouvoir depuis quatorze ans, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) a pu lasser une partie de la population. Mais le quotidien espagnol El Pais rappelle que le MUD, ce « conglomérat de partis, devant les énormes difficultés qu’il trouverait au sein du pouvoir, tendrait à se diviser ». Henrique Capriles Radonski se définit quant à lui comme étant du centre-gauche. Grand admirateur du modèle brésilien qui mêle libéralisme économique et politique sociale forte, il promet aussi bien de faire perdurer les « missions » sociales de Chávez que de se rapprocher des Etats-Unis. Il pointe régulièrement le taux effarant de criminalité du pays, bête noire de la politique d’Hugo Chávez.

Henrique Capriles Radonski se présente pour la deuxième fois aux élections présidentielles. Photo : Sébastin Micke

Henrique Capriles Radonski se présente pour la deuxième fois aux élections présidentielles. Photo : Sébastin Micke

Les tares du pays

Le thème fort de cette campagne électorale est l’insécurité. Le Venezuela est devenu le deuxième pays le plus meurtrier au monde, après le Honduras. Des chiffres effarants qui ont connu un bond sous l’aire de l’ancien président : 19 336 homicides en 2011, 3 000 depuis le début de l’année 2013 ! Alors bien sûr, le bât blesse pour Nicolas Maduro qui suit les traces d’Hugo Chávez… Si ce dernier a préservé le pays de la crise avec un PIB en hausse, l’inflation sur les produits de première nécessité est grande : plus 22,2 % en janvier 2013. Les principales ressources du Venezuela proviennent du pétrole. Un fait nuancé par El Pais qui pointe une « gestion du pétrole désastreuse », où « les accidents sont fréquents même s’ils sont cachés ». Quoi qu’il en soit, le successeur d’Hugo Chávez devra faire face à un pays en difficulté dont la population est maintenant orpheline.

Méline Escrihuela