avril 17

Lever le voile sur les amalgames

En 2008, la salariée d’une crèche était licenciée parce qu’elle ne voulait pas retirer son voile au travail. Elle a saisi les prud’hommes et la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations). Cela ne lui a pas donné gain de cause, mais le 19 mars dernier, la Cour de cassation a jugé que le licenciement avait été prononcé pour un motif discriminatoire et l’a déclaré nul. On entend toutes sortes de réactions à ce sujet, mais cela demande une réflexion de fond. A commencer par la question fondamentale : le port du voile est-il obligatoire pour les femmes musulmanes ?

Les seules réelles obligations prescrites par l’islam sont la profession de foi, la prière, le don aux pauvres, le jeûne pendant le mois du ramadan, et enfin le pèlerinage à La Mecque. Voilà les cinq piliers sur lesquels repose cette religion. Et pour le reste, le Coran n’oblige pas vraiment mais conseille. Sur cette question, est souvent cité le verset 31 de la Sourate 24… qui parle de « rabattre son voile sur sa poitrine », autrement dit porter une tenue toujours décente. Et les quatre autres versets relatifs à la tenue vestimentaire des femmes sont aussi plus liés à la décence et à la pudeur qu’au port du voile. Voilà pourquoi les interprétations divergent, et vont parfois très loin.

A gauche, un jilbeb, à droite un hijab. Photos : DR

A gauche, un jilbeb, à droite un hijab. Photos : DR

Prenons l’exemple du jilbeb ou de l’abaya (ou plus extrêmes encore, le niqab ou la burqa) que les femmes sont contraintes de porter dans certains pays. Ces tenues recouvrent le corps des pieds à la tête. Il arrive d’en croiser dans la rue, parfois sur des jeunes filles d’une quinzaine d’années. Pourtant, c’est la tenue qu’il convient de porter… lors du pèlerinage. Pas dans la vie de tous les jours. La pudeur est certes très importante dans l’islam, mais avoir les mains nues et le visage ou les cheveux apparents est très, très loin de l’exhibitionnisme proscrit. Concernant le hijab, simple foulard qui recouvre les cheveux et le cou, libre aux femmes de le porter si elles ont besoin d’exprimer leur foi de cette façon.

Une autre facette du voile qui a fait sauter les féministes au plafond est l’idée de soumission qui lui est directement liée. Attention aux amalgames : lorsque la femme décide elle-même de le porter, c’est dans une optique de soumission à Dieu et non aux hommes. Mais parfois, un homme de la famille (père, frère ou mari) oblige la femme à le porter souvent pour « protéger la femme du regard des hommes ». Comme si une femme n’était pas capable de juger d’elle-même ce qui est décent ou non.

Romane Idres