Promised Land : mission manipulation ?

Un film qui se passe dans une bourgade du fin fond des États-Unis, avec pour principal thème l’écologie. De quoi en refroidir plus d’un. Pourtant, le tout dernier film du réalisateur américain Gus Van Sant (qui a déjà réalisé Psycho, Elephant, Harvey Milk et bien d’autres), Promised Land (Terre Promise en français) sorti ce 17 avril, est bien plus qu’un simple film sur l’écologie. Si le film expose l’un des débats majeurs de notre siècle, à savoir l’extraction du gaz de schiste, il démontre aussi que l’homme est très facilement manipulable. Explications.

Non au gaz de schiste !

« Vous pourriez devenir millionnaire ! » Facile avec ces mots de convaincre un paysan de céder ses terres à une compagnie énergétique contre de l’argent. C’est l’objectif de Steve Butler (joué par Matt Damon) et de sa collègue Sue Thomason (incarnée à l’écran par la talentueuse Frances McDormand), qui sont des employés de la compagnie énergétique Global. Leur travail : racheter les terres de ces paysans pauvres du nord-est des États-Unis, pour que Global y extraie le gaz de schiste enfermé, en échange de près de 8% de bénéfices pour ces agriculteurs. Steve et Sue sont les meilleurs dans leur domaine et forment à eux deux un réel duo de choc, à la fois drôle et touchant. Grâce à cela, on souhaite évidemment leur réussite.

Sue et Steve, la combinaison parfaite de l’amitié. Photo : DR

Sue et Steve, la combinaison parfaite de l’amitié. Photo : DR

Pourtant, le travail de Steve et Sue est vite remis en question par Frank Yates (incarné par Hal Holbrook), un professeur et ingénieur de chez Boeing à la retraite, qui met en garde tout le village contre la fracturation hydraulique. Derrière ce personnage on retrouve évidemment le message du réalisateur : Gus Van Sant est engagé contre le gaz de schiste, même si cela peut nous rapporter des millions. Si pour certains c’est un message de propagande, ce film a au moins l’honneur de se jeter corps et âme dans ce débat très contesté, pour peut-être espérer des Américains et même du monde une ouverture d’esprit et une prise de conscience sur les nombreux risques que peut avoir l’extraction du gaz.

Pour contrer Frank Yates, les deux employés de Global vont démarcher auprès de tous les agriculteurs. Photo : DR

Pour contrer Frank Yates, les deux employés de Global vont démarcher auprès de tous les agriculteurs. Photo : DR

Derrière l’écologie, la manipulation des masses

Il ne faudra qu’une simple photo pour faire basculer le film. Dustin Noble (incarné par John Krasinski) est membre de l’association écologiste Athena. Il placarde partout en ville une photo montrant des vaches mortes sur un champ, victimes de l’exploitation du gaz de schiste.

Les photos des vaches mortes qui vont provoquer la polémique dans toute la ville. Photo : DR

Les photos des vaches mortes qui vont provoquer la polémique dans toute la ville. Photo : DR

Frank Yates va prendre la parole devant tous les habitants et les convaincre qu’il y a des dangers à l’extraction du gaz. Photo : DR

Frank Yates va prendre la parole devant tous les habitants et les convaincre qu’il y a des dangers à l’extraction du gaz. Photo : DR

Grâce à cette photo, il arrive à convaincre les habitants d’être contre la fracturation hydraulique. A ce moment précis, le spectateur est mal à l’aise : que penser de Steve et Sue ? D’un côté, nous ne souhaitons que la victoire du duo, mais de l’autre nous comprenons vite que leur industrie est néfaste. En quelques secondes, nous venons de changer d’avis sur les personnages, et même sur la problématique du film, à savoir faut-il extraire le gaz de schiste ? Ici, la réponse est non. C’est là tout l’intérêt du film : il parvient à nous démontrer comment nous pouvons changer d’avis en un seul instant. Autre exemple : la plupart des habitants de la ville sont au début d’accord pour l’extraction du gaz de schiste. Mais il suffit que le professeur Frank Yates se dise contre, pour que tout le monde le suive. Cela paraît normal : l’homme est le plus “intellectuel” de cette petite ville et le plus diplômé, il semble donc représenter la personne à écouter en cas de crise. Il suffit d’un leader d’opinion pour que tous changent d’avis. C’est un peu ce que Gus Van Sant nous explique : la masse peut être manipulée par n’importe qui, du moment que cette personne est bon orateur et charismatique. Cette manipulation, le réalisateur nous la démontrera aussi par la fin du film, qui va de rebondissement en rebondissement, et qui prouve qu’il n’y a toujours qu’un seul gagnant…

Promised Land est d’abord un film engagé contre l’extraction du gaz de schiste. Mais surprise, ce film ouvre bien d’autres débats que celui déjà bien compliqué sur l’extraction de ce gaz : jusqu’où peut aller la manipulation ? Nous pouvons être très facilement manipulés par quelqu’un. Il suffit que cette personne soit sympathique, bon orateur et charismatique. Cela va de notre simple voisin à la grande figure de l’homme politique…

Découvrez dès maintenant la bande annonce de Promised Land en VF… :

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 Juliette Redivo