Il y a aussi des jeunes à Cannes !

En période printanière, la ville du cinéma sonne creux et seuls les aboiements des bichons maltais des personnes âgées répondent aux bruits des vagues. Mais les jeunes veulent prendre le pouvoir.

Les clichés ont la vie dure et font que la ville du cinéma traîne une réputation de repaire à papys et mamies fortunés à travers l’Hexagone. La génération baby-boom a envahi la Côte d’Azur pour une retraite dorée. A Cannes, 32% de la population a plus de 64 ans (selon les chiffres INSEE de 2009). Un chiffre éloquent quand on sait que la moyenne des villes de France sur cette tranche d’âge oscille autour de 20%. Tristan, 21 ans et étudiant en tourisme à Cannes la Bocca, souligne une spécificité des personnes âgées de la cité du Cinéma : «  A Cannes, les vieux sont particuliers, certains retraités pensent avoir tous les droits en raison de leur âge ou de leur argent. On m’a déjà dévisagé, ou on m’a lancé des réflexions si je ne laissais pas une place assise dans le bus. C’est partout comme ça mais ici c’est pire parce qu’il y en a plus ! » La lenteur sur les trottoirs, aux caisses des supermarchés et dans les transports, des inconvenances qui peuvent, à force, exaspérer.

Le choc des générations. Photo : N.G.

Le choc des générations. Photo : N.G.

Néanmoins il reste un secteur où la jeunesse cannoise prédomine et n’est pas prête à laisser sa place : le monde de la nuit ! Même si les tarifs des clubs et des consommations sont plus élevés que dans d’autres villes de France, les lieux de rencontre et de divertissement sont pris d’assauts par la jeunesse. Il suffit d’aller dans le Carré d’Or, vers la gare SNCF, où devant les grands écrans de la Cité du Cinéma, pour s’en rendre compte. De jour, c’est sur les réseaux sociaux que les jeunes s’unissent, pour briser les clichés de ville-maison de retraite. Le compte @RéseauJeunesCannois sur Twitter créé il y a six mois par exemple compte déjà un millier d’abonnés. Ils communiquent sur la vie étudiante, sur les sorties, les jobs saisonniers, etc.

Les pouvoirs publics veulent changer cette image de repère du troisième âge. Françoise Brunetaux, treizième adjointe déléguée à la jeunesse à la mairie de Cannes depuis 2008 : « Cannes est de moins en moins une ville de vieux, notre image est en train de muter. » Les actions pour attirer la jeunesse se multiplient, avec un budget annuel à cet effet qui s’élève à 5,8 millions d’euros. Les élèves des douze lycées évoluent dans un cadre idéal de réussite, malgré un air de vacances permanent. Des événements taillés pour eux sont mis en place comme les NRJ Music Awards, les Plages Électronique ou encore le Festival Pantiero l’été.

Le 9 mars dernier, Cannes a passé la vitesse supérieure pour ses étudiants. La ville a annoncé la création d’un grand pôle universitaire en 2017, une véritable évolution ! Ce campus ambitieux, qui devrait accueillir près d’un millier d’étudiants, a pour but de faire enfin de Cannes une ville universitaire.

Pour l’emploi de ses jeunes, la ville peut compter sur ses « vieux ». Des postes découlent directement de la présence des personnes âgées : dans les services, dans le loisir, l’immobilier, le luxe, les aides aux personnes,…  La municipalité a voulu favoriser la création d’emplois jeunes, avec par exemple 5000 postes au Palais des Festivals, 600 à 700 emplois au site de la Bastide Rouge, ou encore le Club des entrepreneurs (voir ci-contre). Le premier adjoint David Lisnard est à l’origine de cette volonté de rajeunissement. Françoise Brunetaux est optimiste : « D’ici 2017, notre image aura beaucoup évolué. Si le prochain maire est jeune, la perception changera encore plus. » Rendez-vous dans quatre ans pour vérifier.

« La ville prend leur image »

Anna, 17 ans, en Première au lycée Carnot : « Toutes mes copines en dehors de Cannes me disent quand elles viennent qu’il y a beaucoup de vieux. Mais moi,  je suis née ici, je n’y fais pas attention. C’est sur que même le maire ne fait pas très jeune. Des fois, sur le Boulevard Carnot ou dans la rue d’Antibes, à certains créneaux horaires on ne voit que des vieilles personnes avec leurs cabas ou leurs chiens, c’est vrai que c’est bizarre. Mais l’avantage, c’est qu’on a rien à craindre contrairement à certains endroits où on pourrait nous embêter. On n’a pas les mêmes centres d’intérêts ce qui est normal, et vu qu’ils sont beaucoup la ville prend leur image. Après, on a pas à se plaindre, on a des endroits pour nous. Il y a le MacDo, les lycées, les magasins pour jeunes, les cinés, les bars et discothèques. Au Palais il y avait les NRJ Music Awards, et même le Festival des Jeux, c’est pour nous tout ça. Ici, tous les lycéens se connaissent, parce que la forte présence de vieux nous pousse à aller dans des lieux précis, où on se retrouve en majorité. Par exemple nous on va souvent au Tavern à côté de la gare, ou au Carré d’Or, on trouve plus de gens de notre âge. Après, pour les études supérieures, on pense tous plus ou moins à partir d’ici, pour rejoindre une ville étudiante. J’ai appris qu’il allait y avoir  plus tard un pôle universitaire, et j’aurais aimé y être. C’est bien que la mairie se réveille enfin pour crée un campus. Mais notre génération ne sera pas là pour le voir, c’est nul. »

Bastide Rouge, le nouveau terrain de jeux à Cannes

Christian Frank, 43 ans, responsable du club des entrepreneurs de Cannes.  Photo : N.G.

Christian Frank, 43 ans, responsable du club des entrepreneurs de Cannes. Photo : N.G.

« On ne peut pas cacher ce fait évident que Cannes est une ville où les retraités sont nombreux. Toutefois on espère que le projet Bastide rouge attire et fidélise les entrepreneurs cannois. La pépinière et tout l’environnement qui va être mis en place dans ce secteur va tourner autour de l’imagerie numérique et rajeunira l’image de Cannes. Cela va permettre de confronter les étudiants aux entrepreneurs et qui sait peut-être faire naitre de futures vocations. On espère que  Bastide Rouge va créer un engouement et donner envie aux jeunes de rester. Actuellement, le « club des entrepreneurs cannois » aide les étudiants du Master MAPI. Cannes est en train de devenir une terre pour les jeunes entrepreneurs. »

 

Nathan Gourdol

Axel Bluteau

Lucie Hovhannessian

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