Sur la place Tahrir, un vendredi de mobilisation

 Vendredi 26 juillet, des millions de manifestants se sont rassemblés sur la désormais célèbre place Tahrir pour soutenir le régime de transition. Ces Cairotes anti-Morsi ont répondu en masse à l’appel du général Al-Sissi, le ministre de la défense. Ambiance d’un soulèvement populaire.
Midi, l’heure des préparatifs sur la place Tahrir encore vide.  Les journalistes prennent place dans les appartements autour de la place. Les badauds et manifestants se prennent en photo devant les chars de l’armée qui montent la garde devant le fameux musée égyptien ainsi qu’aux abords de la place. Les vendeurs sont en place, armés de leurs drapeaux, T-shirts, lasers verts et « vuvuzelas » recyclés de la coupe du monde de football. Même en temps de révolution, les affaires continuent…
Les affaires continuent sur la place Tahrir (Crédit Photo : Mathilde Frénois).

Les affaires continuent sur la place Tahrir (Crédit Photo : Mathilde Frénois).

En ce jour de prière, ce n’est qu’après la rupture du jeûne que la foule arrivera en masse. Des hommes, des femmes, des enfants et des personnes âgées défilent dans les rues et rejoignent la place Tahrir maquillés aux couleurs du pays. Dans leurs mains, des drapeaux égyptiens et des affiches de Sissi, élevé au statut de sauveur. Ils scandent des slogans qui n’arrivent pas à couvrir les klaxons, pétards et autres feux d’artifice. Cette manifestation a tout d’une vraie fête nationale. C’est la joie et la fierté d’être là qui domine.
Les jeunes sont très impliqués dans l'avenir politique de leur pays ( Crédit Photo : Mathilde Frénois

Les jeunes sont très impliqués dans l’avenir politique de leur pays ( Crédit Photo : Mathilde Frénois

Amira, guide francophone dans la capitale, est venue manifester aujourd’hui, comme les vendredis précédents. Elle se prépare depuis qu’elle a entendu l’appel de « CC », comme le surnomment les Égyptiens : « Je viens avec mes deux filles parce que c’est important pour l’avenir de notre pays. », insiste-t-elle. « Il y a une bonne ambiance sur la place. Entre deux slogans, on discute, on partage la nourriture, l’armée distribue de l’eau… Toutes les générations sont représentées sur la place Tahrir », souligne-t-elle.
Côté sécurité, les personnes qui souhaitent entrer sur la place doivent passer un barrage militaire. Les fouilles sont sévères pour ne pas « gâcher la fête ». Sur la place Tahrir, un espace est réservé aux femmes pour éviter les agressions constatées en 2011. Les hélicoptères tournent et sont applaudis par la foule. A la recherche de reconnaissance, l’armée est aussi présente pour se montrer, maintenant qu’elle soutient la révolte civile.
Les véhicules blindés de l'armée stationnent aux abords de la place Tahrir ( Crédit Photo : Mathilde Frénois).

Les véhicules blindés de l’armée stationnent aux abords de la place Tahrir ( Crédit Photo : Mathilde Frénois).

Ce vendredi-là, sur la place Tahrir tout est calme. Mais à 4 kilomètres de là, à l’université du Caire, se rassemblent les Frères Musulmans, pro Morsi. Des barrages militaires et des barricades sont élevés entre les deux lieux de rassemblement pour éviter à tout prix les affrontements, qui ont déjà fait une centaine de morts. L’Égypte est un pays sous tension, où religion et politique s’entremêlent. La situation politique reste instable. L’armée a promis de quitter la tête de l’Etat dès les prochaines élections, seul gage de retour au calme en Égypte.
Mathilde Frénois