L’ange gardien de la tribu nocturne

Alcool, drogue, bagarre, le personnel de sécurité des boîtes de nuit, restaurants et autres places nocturnes, doit être paré à toutes les situations possibles. Un métier qui souffre de clichés négatifs mais qui pourtant n’a jamais dégoûté Fabien, 41 ans, qui exerce la profession de physionomiste.

C’est au Lenny Club, club-restaurant ouvert en septembre dernier à Cannes, que Fabien Bruncher nous accueille avec le sourire, une tasse de café à la main pour prendre du carburant. Il était difficile de mieux tomber pour entendre parler du métier, avec son parcours dans le monde des clubs débuté à vingt ans. Sans diplôme mais avec un physique imposant, Fabien intègre à cette époque l’équipe de sécurité du Midnight de Saint-Laurent-du-Var. Il apprend le métier « sur le tas », comme il aime le rappeler. L’histoire d’amour entre l’homme et le métier commence alors.

« Quand tu touches la nuit, difficile de t’en détacher »

Comme toute histoire d’amour, elle connaît des hauts et des bas. Un différend avec le fils de son employeur va contraindre Fabien à démissionner. Mais impossible pour lui de se tourner vers un travail diurne. Le « métro, boulot, dodo », il n’y adhère pas : « Dès que tu touches à la nuit, c’est difficile de t’en détacher », nous avoue-t-il. Il décide alors de se lancer en tant que chauffeur de taxi : « C’est la plus grosse erreur de ma vie, la seule période qui a réussi à me dégoûter de la nuit. Je me suis perdu en creusant un fossé abyssal entre ma famille et moi. Cela m’a même poussé au divorce avec ma femme. » Un épisode qui fait prendre conscience à Fabien que, même si exercer la nuit est atypique, il ne doit pas délaisser sa famille. S’en suit alors un retour aux sources bénéfique, à son premier emploi. « Avec mon boulot je peux aller chercher mes enfants à l’école, chose que ne peuvent pas faire ceux qui travaillent de 8h à 18h. On est aussi mieux rémunéré la nuit que le jour, entre 100 et 120 euros de l’heure. Mais surtout, les gens de la nuit constituent une tribu, à laquelle j’appartiens. On se reconnaît tous, car on a le même décalage. On vit des trucs fous ».

« Taper, c’est l’échec ! »

Le sourire, le discernement et l’observation rapide sont les principales armes de Fabien ; l’analyse des clients et d’une situation constituent sa fonction « La nuit ouvre la porte à tous les vices, et nous sommes justement là pour la fermer et éviter tout débordement ». A l’évocation de la violence trop souvent inhérente au métier, Fabien est prolixe : « J’ai connu des patrons qui voulaient des mecs pour la bagarre. Mais dans le métier, taper c’est l’échec. On doit se prendre le premier coup, pas le donner. Évacuer quelqu’un c’est un métier, ce n’est pas comme une serviette que l’on pousse. On n’est plus au temps où des bouchers faisaient notre job en extra. » Même s’il reconnaît que la France a du retard en matière de sécurité, Fabien ne se voit pas ailleurs dans le futur : « Je ne veux pas quitter ce monde-là, c’est inscrit en moi. Même à quarante et un ans je ne suis toujours pas attiré par le rythme de la journée, donc dans cinq-dix ans je ne travaillerai toujours pas dans le conventionnel. J’espère avoir ma petite affaire toujours dans le partage avec les gens du soir ». Rendez-vous pris dans vingt ans avec «Fabio », comme on le surnomme dans le milieu, pour faire les comptes d’une vie passée à assurer le bien-être des clubs-addicts.

 

Par Axel BLUTEAU et Nathan GOURDOL