Gilles Bouleau le passionné

Prenant la succession de Laurence Ferrari, ce reporter de cœur au style plutôt anglais prend les commandes du « 20 heures » de TF1 en toute discrétion.

«Je ne suis ni jeune ni à la mode, somme toute pas très intéressant pour la sphère people.» Voilà comment se décrit Gilles Bouleau, un brin modeste. Fini le temps de la présentatrice à la fois « bimbo » et glamour ou du présentateur au fort caractère pour faire monter l’audimat. Cette époque est révolue. Et TF1 l’a bien compris. Avec la multitude des chaînes d’information présentes sur le PAF, la première chaîne devait changer pour maintenir l’image de « numéro un » qu’elle véhicule depuis des décennies. TF1, de plus en plus bousculée par le «  20 heures » de France 2, a donc choisi la carte de l’interne avec un quinquagénaire poivre et sel plutôt sobre. Une image plus sérieuse donc mais aussi à la mode, celle de l’homme mûr à la George Clooney, capable de séduire un panel de Français(es) plus large.

«Laurent Delahousse et moi, ce n’est pas la même offre télévisuelle… » Crédit Photo : TF1.fr

«Laurent Delahousse et moi, ce n’est pas la même offre télévisuelle… » Crédit Photo : TF1.fr

Cet homme, méconnu par la plupart des téléspectateurs, aux fossettes allongées, c’est Gilles Bouleau, 50 ans, lui qui veut être à l’écran ce qu’il est dans la vie. Il incarne une certaine consécration, celui qui passe de l’ombre à la lumière, en grimpant une à une les marches du métier, de reporter à correspondant pour enfin finir sur le « trône » du 20 heures. «A mon âge, le vedettariat ne peut plus m’affecter. J’ai été reporter à TF1 pendant vingt-quatre ans. Journaliste, c’est ma vraie nature.» assurait-il il y a peu dans les colonnes de Libération.

«Laurent Delahousse et moi, ce n’est pas la même offre télévisuelle… »

Sa nomination s’est révélée être une surprise, là où tout le monde voyait le changement radical avec le très séduisant Laurent Delahousse passer du plateau rouge de France 2 au bleu de TF1. Sauf que les négociations avec la direction de TF1 n’auraient pas abouti. La nomination de Gilles Bouleau a de plus été soutenue par la rédaction de la première chaîne. L’intéressé se justifiait même en disant sur le site du Nouvel Observateur il y a peu  : «Laurent Delahousse et moi, ce n’est pas la même offre télévisuelle, ni la même narration. Ils n’ont pas pris le deuxième membre du corps de ballet parce que le danseur étoile n’était pas là.» … Pourtant, la grande majorité des gens l’ont pensé. Toutefois, après plus d’un an à ce poste, les chiffres du JT de Gilles Bouleau sont probants : + 400.000 téléspectateurs en moyenne (7 millions au total), soit 26.5% de part d’audience.

Gilles Bouleau ici aux Etats-Unis lorsqu’il était correspondant pour TF1. (francesoir.fr)

Gilles Bouleau ici aux Etats-Unis lorsqu’il était correspondant pour TF1. (francesoir.fr)

 Son parcours pour atteindre le « 20 heures » de TF1 n’est semé ni d’embûches, ni d’encombres. Il est, après un passage par Sciences-Po, diplômé du Centre de formation des journalistes (CFJ). En 1986, il intègre le service économique et social de TF1 puis se spécialise dans les reportages. En 1987, il part en Yougoslavie, en 1988 il obtient le droit de couvrir l’élection présidentielle française. Gilles Bouleau passe aussi par la case Festival de Cannes et toutes ses mondanités sans oublier un passage au sport avec les Jeux Olympiques d’été 92 et d’hiver 94. Ce n’est qu’en 2001 qu’il devient correspondant permanent à Londres, c’est sans doute là-bas qu’il a adopté un subtil air « So British ». En 2005 il quitte l’Angleterre peu de temps après les attentats dans le « Tube » (Métro) de Londres. De là il traverse l’Atlantique puisqu’il est nommé correspondant permanent aux Etats-Unis et plus précisément à Washington. Aux Amériques, l’actualité est riche pour Gilles Bouleau. D’abord l’ouragan Katrina qui lui a permis d’imager des Etats-Unis « à deux vitesses : la pauvreté du Sud et les différences raciales » (Libération Août 2012), puis en 2008, la très médiatique élection de Barack Obama. Son retour en France ne se fait qu’après dix ans d’exil « forcé », en 2011. En juillet de cette même année il présente son premier « 20 heures »… en tant que joker de Laurence Ferrari. Gilles Bouleau se rappelle très bien de ce jour : « Je décomptais les minutes qui me séparaient du générique de fin », a-t-il dit lors d’une interview accordée au journal Le Parisien.

Gilles Bouleau est marié et a deux enfants de 14 et 17 ans qui, du fait du retour du « papa » dans l’hexagone, découvrent leur pays de naissance, la France. Grand défenseur de l’école de la République, la nouvelle tête d’affiche du « 20 heures » de TF1 a placé ses enfants dans le public. Son enfance à lui, s’est effectuée dans les Hauts-de-Seine et plus précisément à Colombes où il était premier de la classe. Ce qui ne l’empêchait pas de bavarder en classe avec ses camarades. Sa femme est également présentatrice à la télévision, cependant on n’en saura pas plus car Gilles Bouleau reste très discret sur sa vie privée : « Si on se dévoile trop, il ne faut pas s’étonner du retour de bâton. »

« Un point commun avec Georges Bush. »

Il se positionne comme journaliste mesuré mais reste à l’affût de tout ce qui se dit. «Mes convictions n’ont pas vraiment évolué mais elles sont guidées, déformées par ma profession.» (Extrait Libération Août 2012). Et pour rester sur le qui-vive, Gilles Bouleau préfère se coucher tôt, «un point commun avec George Bush qui met fin à toutes les agapes dès 22 h 15». Cependant, même après avoir passé une dizaine d’années sur le continent américain, le rapport à l’argent reste encore tabou : «Dans un autre pays, je l’aurais peut-être dit.Je gagne bien ma vie, c’est une rémunération à la hauteur de mes responsabilités mais l’argent n’a jamais été un moteur.» (Le Point Juillet 2012). Après le président normal s’invite donc le présentateur normal. Un rôle à ne pas surjouer, sous peine de ne plus être regardé.

Gilles Bouleau en quelques dates :

25 mai 1962 Naissance.

1986 Entrée à TF1.

Juin 2001 Correspondant à Londres.

Août 2005 Correspondant à Washington.

Juillet 2011 Joker de Laurence Ferrari.

Juin 2012 Présentateur et rédacteur en chef du 20 h en semaine.

Roman Ardeois