Tirez la langue mademoiselle : cinéma français, je t’aime moi non plus

Il y a des vérités qu’on a du mal à entendre. Non, le cinéma français n’est pas forcément pénible à regarder, il n’est ni forcément pédant, ni sans éclat. Il y a du bon – et même du très bon – cinéma français. Tirez la langue mademoiselle, deuxième long métrage de la réalisatrice Axelle Ropert, en salle depuis le 4 septembre dernier, en a des allures.

Tirez la langue mademoiselle est d’abord l’histoire d’un triangle amoureux. Boris et Dimitri Pizarnik sont frères et médecins dans le quartier chinois de la capitale. Ils s’aiment, aiment leur travail, aiment leur chien Aspro. C’est à peu près tout. Un soir, ils sont amenés à soigner Alice, petite fille diabétique, qui passe ses soirées seule en l’absence de sa mère partie travailler. Les deux frères vont vite tomber amoureux de la belle Judith, mère de la petite Alice.

Louise, Cédric et Laurent

Tirez la langue mademoiselle est d’abord l’histoire d’un trio d’acteurs fabuleux. Louise Bourgoin, ex-Miss météo de Canal +, est depuis longtemps passée à autre chose. Laurent Stocker de la Comédie-Française, qu’on avait déjà repéré dans Ensemble c’est tout de Claude Berri, est égal à lui-même : talentueux. Et Cédric Kahn, qu’on découvre presque, joue à merveille. Leurs personnages sont virtuosement ancrés dans le réel. On les connait, c’est nous. Ils ne sont pas à plaindre, mais ils sont seuls à crever. Alcoolique, célibataire ou bien abandonné, ils sont le genre de personnes que l’on croise dans la rue sans que l’on s’intéresse à eux. Le plus malheureux dans tout ça, c’est qu’Axelle Ropert s’en fiche également.

Dimitri et Boris, frères et médecins partagent tout. DR

Dimitri et Boris, frères et médecins partagent tout. DR

Cinéma français, je ne t’aime plus jusqu’à la prochaine fois

Nos trois bons personnages sont donc perdus dans cette histoire de triangle amoureux prétentieuse et peu crédible. Chez Axelle Ropert, on tombe amoureux en deux secondes, à chaque restaurant de sushis. On se déclare nos sentiments sans pudeur, en un claquement de doigts. On passe du rire aux larmes de façon trop abrupte. Tellement abrupte que cela en devient grossier. A blâmer, la réalisatrice (et dialoguiste !) qui confond comédie romantique avec mélange indigeste de clichés sexistes pour petite fille rêveuse. D’ailleurs, Alice, l’enfant du film, s’habille en rose. Parce que les petites filles s’habillent en rose, évidemment. Le cabinet de Boris et Dimitri est bleu car évidemment… Judith (Louise Bourgoin) quant à elle hérite du rouge, couleur de la sensualité. Des ongles aux gants, du manteau à la chevelure au cas où on n’aurait pas compris le message. Et puis, puisqu’elle est belle, indépendante et célibataire, la réalisatrice nous laisse penser pendant un tiers du film que, forcément, elle est prostituée. Tirez la langue mademoiselle n’est pas raté mais inabouti. Axelle Ropert veut et essaye de surfer sur la vague du – bon – cinéma français. En regardant son long métrage on pense à Donzelli (La Reine des pommes, La guerre est déclarée)pour les dialogues quelques peu tête en l’air, à Christophe Honoré (Les chansons d’amour) pour la mise en scène de Paris… Mais en moins bien. Le tout est prévisible et auto-référencé à la manière d’un Xavier Dolan (J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires). Sauf que Dolan peut se le permettre.

Méline Escrihuela