La nouvelle guerre froide: Greenpeace vs Russie

Suite à une action « coup de poing » menée par des activistes de Greenpeace sur une plateforme pétrolière au nord de l’Arctique, deux militants ont été capturés le 18 septembre dernier par les autorités russes. Le lendemain, une patrouille a arrêté le reste de l’équipage, soit trente personnes au total. Tous attendent d’être jugés et risquent jusqu’à 15 ans de prison. Plus d’un million de citoyens à travers le monde ont envoyé un mail aux ambassades russes pour réclamer leur libération.

Prirazlomnaya, 20 000 lieux sous la mer

D’après l’US Geological Survey, 30% des gisements de gaz et 13% de pétrole n’ont pas été encore découverts dans le monde. Pour récupérer l’or noir, il faut désormais s’aventurer dans des lieux hostiles à toute activité humaine. Ainsi, l’océan Arctique revêt une importance stratégique pour son principal pays riverain, la Russie. C’est le cas tout particulièrement de la mer de Pechora qui lèche la façade nord du pays. Là, le géant de l’énergie russe Gazprom, qui représente 10% du PIB du pays appartenant entièrement à l’Etat,  s’apprête à exploiter le premier champ de pétrole offshore arctique de l’histoire : Prirazlomnaya. Sur le site, les estimations avoisinent les quelques 610 millions de barils, de quoi tenir plusieurs décennies. Le cadre est posé.

Des activistes de Greenpeace s’apprêtent à débarquer sur la plateforme pétrolière de Gazprom en mer de Pechora. (D.R.)

Des activistes de Greenpeace s’apprêtent à débarquer sur la plateforme pétrolière de Gazprom en mer de Pechora. (D.R.)

Le 18 septembre, alors que les aurores boréales n’ont pas encore laissé place au soleil, deux activistes de Greenpeace International décident de débarquer sur la plateforme d’exploitation en mer. Fumigènes et banderoles contre des projets de forage en main, ils espèrent que leur geste symbolique sera relayé par les médias internationaux. A peine le temps d’exposer le slogan qu’une patrouille de sécurité est envoyée illico afin de les interpeller. Ils sont alors détenus sur le bateau jusqu’au lendemain. Seul hic : aucun représentant légal n’est présent, et par conséquent, aucunes charges clairement énoncées ne peuvent être invoquées.

Arctique, territoire de monologue

 Lors du 3ème forum intitulé « Arctique, territoire de dialogue », le président russe avait pourtant prévenu : « Nous ne pouvons ignorer les enjeux que représentent ces gisements, bien qu’ils soient en zones protégées ». Les intérêts économiques l’emportaient donc sur les problèmes environnementaux. L’ONG, connue pour ses infiltrations dans certains sites nucléaires, avait mobilisé son brise-glace pour se rendre en mer Arctique mais en dehors des eaux territoriales russes. Le lendemain des deux arrestations, c’est tout naturellement que des militaires, armés jusqu’aux dents, abordent le bateau de Greenpeace, l’Arctic Sunrise. Tous les membres de l’équipage sont amenés au centre de détention de Mourmansk, un port stratégique proche de la frontière finlandaise.

Immobilisé dans un port russe, le brise-glace de l’ONG, l’Arctic Sunrise, n’est jamais entré dans les eaux territoriales du pays. (D.R.)

Immobilisé dans un port russe, le brise-glace de l’ONG, l’Arctic Sunrise, n’est jamais entré dans les eaux territoriales du pays. (D.R.)

Après une comparution en audience préliminaire devant un tribunal de Mourmansk, l’ensemble des militants, ainsi qu’un photographe et un cadreur indépendants, ont été condamnés à deux mois de détention préventive, officiellement « le temps d’une enquête pour acte de piraterie ». Vladimir Poutine, sous la pression des gouvernements occidentaux, a retiré « l’inculpation pour piraterie en bande organisée ». Ils encourent cependant jusqu’à 15 ans de prison. Face à cette situation, Greenpeace a laissé une grande campagne pour la libération immédiate de ces activistes et l’arrêt des forages en Arctique. Un  million deux cent mille personnes dans le monde ont signé une pétition et ont envoyé un mail à leurs ambassades respectives pour dénoncer ces faits. Pour le moment, le gouvernement russe reste sourd face aux réclamations.

Sur la plateforme, les activistes ont juste eu le temps de déployer cette banderole, avant de se faire arrêter. (D.R.)

Sur la plateforme, les activistes ont juste eu le temps de déployer cette banderole, avant de se faire arrêter. (D.R.)

Vincent Bourquin