La « bouse » de Cantat selon Patrick Eudeline

 « Tous les jours on retourne la scène ; Juste fauve au milieu de l’arène ; On ne renonce pas, on essaie ; De regarder droit dans le soleil… » Craint par certains, très attendu par d’autres, ce premier morceau intitulé Droit dans le Soleil, marque le grand retour de Bertrand Cantat. L’ex-leader du groupe Noir Désir fait son « come-back » musical avec Détroit, un duo formé avec le bassiste Pascal Humbert.

L’artiste revient après de longues années passées à contribuer au chiffre d’affaires des magazines people et de faits divers, pour l’homicide de sa compagne Marie Trintignant, en 2003. Et sept ans plus tard, pour le mystérieux suicide de son autre femme Kristina Rady, où Cantat est suspecté de maltraitance. Un retour jugé honteux, voire indécent, selon certains. Mais qu’en pensent les spécialistes ? Patrick Eudeline, critique rock du journal Rock & Folk, nous livre son avis cinglant.

Patrick Eudeline au Festival du Livre de Mouans-Sartoux en octobre 2013 (Photo : Juliette Redivo)

Patrick Eudeline au Festival du Livre de Mouans-Sartoux
en octobre 2013 (Photo : Juliette Redivo)

 

« Une ballade ratée et emphatique sur deux accords »

Un homme barbu et grisonnant. Guitare au genou, il est au milieu d’un jardin. Le regard dans le vide. Dans son nouveau clip vidéo, ce Bertrand Cantat là est bien loin de l’homme souriant de l’époque de Noir Désir.

 Noir Désir, ici sur scène en 2002, était notamment engagé contre la mondialisation. (photo : DR)


Noir Désir, ici sur scène en 2002, était notamment engagé contre la mondialisation. (photo : DR)

D’ailleurs, cette époque-là aussi semble bien loin. Avec cette nouvelle chanson, terminé le rock sans concession et les textes politiques. L’homme engagé, devenu homme blessé, nous livre une ballade misant sur la simplicité, « d’une nullité et d’un inintérêt total », selon Patrick Eudeline. Ecoutez, et faites-vous vous une opinion.

Près d’une semaine après sa sortie, le morceau n’est qu’à la neuvième place du top des singles de la semaine. Un démarrage moyen pour l’ex-chanteur du groupe mythique des années 90.

Mais s’il se rapproche du flop, le morceau ne manque pas de faire parler de lui. Depuis sa mise en ligne c’est tout le net qui s’enflamme. Les réseaux sociaux sont brouillés de messages de haine ou de soutien envers l’artiste. Et pour cause, Cantat multiplie les polémiques. La dernière recensée : la date initiale de sortie de son album Horizons, était prévue un certain 25 novembre… date de la Journée internationale contre les violences faites aux femmes ! De quoi provoquer l’indignation quasi générale, sauf pour Patrick Eudeline.

« L’histoire de Marie Trintigant n’a pas ramené un client »

Marie Trintignant, victime de Cantat. (photo D.R.)

Marie Trintignant, victime de Cantat. (photo D.R.)

Marie Trintignant est décédée à l’âge de 41 ans.

Et pour ne rien arranger, l’ombre de Marie Trintignant semble toujours roder autour du rocker. Personne ne paraît avoir oublié le drame de Vilnius, où il a battu à mort l’actrice française. Pourtant, Bertrand Cantat n’est pas le premier artiste –ni le dernier- à sortir de prison. On se souvient notamment de Johnny Cash, Phil Spector qui purge toujours sa peine pour meurtre ou encore de Tommy Lee, le batteur de Mötley Crüe, pour avoir battu sa partenaire. Mais Bertrand Cantat utiliserait-il cette image pour faire le buzz et vendre ? Réponse négative selon le critique rock.

Alors, entouré de tous ces détracteurs, une question s’impose d’elle-même : pourquoi l’artiste revient-il sur le devant de la scène ?

Que son retour plaise ou non, Bertrand Cantat est là et prêt à le rester. L’homme a purgé sa peine et reprend son activité, comme n’importe quel autre ancien détenu. Mais avec l’opinion publique, qui n’est jamais pleinement satisfaite, une chose est sûre : les prochaines polémiques ne manqueront pas de fuser lors de la sortie officielle de son prochain album, « Horizons« , le 18 novembre prochain.

Juliette Redivo