La confiance à Letta, le début de la fin pour Berlusconi ?

Le 2 octobre, le Président du Conseil italien Enrico Letta a battu, et même torpillé, Silvio Berlusconi dans le bras de fer politique qui se jouait au Sénat et à la Chambre des députés. En effet, le sulfureux chef du Peuple de la Liberté (Popolo della Liberta), pourtant décidé à voter la défiance au gouvernement jusqu’au bout, a dû lâcher prise. Un séisme politique en Italie, pouvant sonner le glas sur vingt ans de berlusconisme.

Silvio Berlusconi en pleurs a sombré face à l'acharnement d'Enrico Letta, et la « trahison » de certains de ses alliés. (Photo D.R.)

Silvio Berlusconi en pleurs a sombré face à l’acharnement d’Enrico Letta, et la « trahison » de certains de ses alliés. (Photo D.R.)

Un discours incisif et habile

Durant 40 minutes, Enrico Letta a énuméré une quantité impressionnante de mesures prises par son gouvernement, en repoussant de nombreuses accusations de passivité. Avec quelques passages décisifs. Le plus important de ceux-ci : « il n’y a aucune possibilité de faire coïncider la vie privée de Berlusconi, c’est-à-dire ses ennuis judiciaires, avec l’activité du gouvernement. Les deux étages doivent rester distincts et le gouvernement ne veut pas, ne peut pas, et ne doit pas se faire charge de ce problème. » Dans un autre passage, le premier ministre a rappelé que l’Europe demande d’intervenir sur la responsabilité civile des magistrats, un autre tacle au Cavaliere. Un discours prononcé avec le sourire, interrompu à six reprises par des applaudissements. Letta a refusé de se résoudre au chantage de la droite, chantage du type « ou tu fais ceci, ou nous faisons tomber le gouvernement ».

Il s’est bien gardé de prononcer les mots IVA (Imposta sul Valore Aggiunto, l’équivalent de notre TVA) et IMU (un impôt propre à l’Italie) qui sont au centre des revendications du peuple: 22 % des italiens sont favorables au maintien de l’IVA. L’IMU, selon le sous-secrétaire à l’économie Pier Paolo Baretta, n’est plus une priorité, parce que le second versement se ferait mi-décembre et il existe encore une possibilité de le modifier fin novembre.

Les pleurs du Cavaliere

Au fur et à mesure que Letta déclame son discours, les membres du PdL se décomposent. Berlusconi, lui, est arrivé au Sénat alors que le président du Conseil avait déjà commencé son discours depuis une vingtaine de minutes. Sa déclaration fuse immédiatement dans l’attente du vote. « Nous voyons ce qu’il arrive, nous écoutons ce qu’il raconte, et puis nous déciderons. » Mais pendant ce temps-là, Formigoni et Giovanardi, deux alliés de Berlusconi sont en train d’expliquer non seulement aux télévisions qu’ils auraient voté, avec une quarantaine de sénateurs du PdL, la confiance à Letta, mais qu’ils auraient aussi donné vie à un groupe autonome. Cataclysme ! Pour la première fois, Silvio Berlusconi est désavoué au sein de son parti, et pas par des seconds couteaux, à l’image du désistement d’Angelino Alfano, le ministre de l’Intérieur, « un fils » pour Berlusconi. «Brutus contre César», a résumé dès le lendemain la presse italienne.

Certains sont restés fidèles au Cavaliere. Mais cela n’a pas suffi. En pleurs, Silvio Berlusconi a dû se résoudre à la défaite. Sa conclusion est comme un signe d’abdication : « Ce n’est pas sans tourment intérieur… mais je vote pour la confiance. ». Poignardé par ses plus fidèles lieutenants, humiliés par sa volte-face forcée, Berlusconi en sort très affaibli.

La tempête continue

Le Cavaliere est en plein doute. S'il a frôlé plusieurs fois la mort politique, il est cette fois plus que jamais sur la sellette, avec notamment ses déboires judiciaires. (Photo : D.R.)

Le Cavaliere est en plein doute. S’il a frôlé plusieurs fois la mort politique, il est cette fois plus que jamais sur la sellette, avec notamment ses déboires judiciaires. (Photo : D.R.)

Depuis tout s’est déchaîné contre l’exnuméro 1 italien. Le 4 octobre, une commission sénatoriale a voté sa déchéance parlementaire. La date du vote en séance plénière au Sénat devrait être annoncée le 24 octobre.

Aussi, le Cavaliere est toujours embourbé dans ses déboires judiciaires. Le dernier remous est récent. Condamné de façon définitive le 1er août dernier pour fraude fiscale dans le procès « Mediaset » à quatre ans de prison – ramenés à un an en raison d’une amnistie –, le Cavaliere avait le choix entre demander l’assignation à résidence ou les travaux d’intérêt général. Il a opté vendredi 11 octobre pour la réalisation de cette peine sous forme de travaux d’intérêt général qui ne débuteront toutefois pas avant des mois.

A 77 ans, avec tant de vents contraires, même l’ «inaffondabile » (l’“insubmersible” comme le surnomme la presse italienne) vacille. Sa provocation la semaine dernière dans une interview accordée à l’hebdomadaire Panorama «Je ne meurs pas, même s’ils me tuent» semble en tout cas bien vaine.

Nathan Gourdol

N.B : Samedi 19 octobre, dernier rebondissement en date dans la carrière politique du Cavaliere : la cour d’appel de Milan a jugé – dans le cadre du procès Mediaset – que l’ancien président du Conseil devait être interdit d’exercer tout mandat public pour une durée de deux ans.