La Tunisie sous Ben Ali vue de l’intérieur

Le parti Ennahda assure qu’il quittera le pouvoir avant la fin du mois d’octobre pour résoudre une crise politique profonde. Au même moment, le documentaire Laïcité inch’ allah de la réalisatrice franco-tunisienne Nadia El Fani était projeté au Festival de Mouans-Sartoux.

C’est en 2010 que Nadia El Fani filme son reportage. Ben Ali est alors encore au pouvoir et réprime la liberté d’expression. La société tunisienne est à la veille de sa révolution. Les premières images sont celles de manifestants qui réclament la démocratie et la laïcité. C’est une Tunisie vue de l’intérieur que l’on découvre tout au long de Laïcité inch’allah. La réalisatrice nous plonge au cœur de multiples débats qui ont eu lieu à Tunis. Ce sont des Tunisiens inquiets et impliqués dans l’avenir de leurs pays que dévoile le documentaire. Le spectateur assiste à des moments plus intimes également. On voit la réalisatrice discuter à plusieurs reprises avec ses amis. Et mener avec eux une réflexion sur le thème de la société tunisienne, la laïcité, la liberté. Nadia el Fani dresse un constat  par l’image : voilà comment les Tunisiens réfléchissent à ce moment-là de l’histoire, même s’ils sont opprimés et n’ont pas droit à la liberté d’expression.

Le ramadan, une institution inviolable ?

La réalisatrice dénonce en images une « hypocrisie sociale ». Les gens se cachent dans les cafés, dans leurs maisons pour manger et boire durant cette période. Et pourtant face caméra, tous disent à peu près la même chose : je ne fais pas le ramadan, mais je suis discret, par respect pour les autres. « C’est le pouvoir politique en vigueur qui a imposé ça dans la tête des gens, en obligeant certains cafés à fermer pendant le Ramadan. Il y a soixante ans personne ne se cachait. C’est toujours la même chose de toute façon, on utilise la religion pour faire régresser les gens ! » déplore la réalisatrice.

Nadia El Fani au festival de Mouans-Sartoux. (Crédit photo : Nathan Gourdol)

Nadia El Fani au festival de Mouans-Sartoux. (Crédit photo : Nathan Gourdol)

Nadia El Fani se bat pour qu’une loi laïque soit enfin inscrite dans la constitution tunisienne. Dans le documentaire, elle interpelle des manifestants en leur disant : « Qu’est-ce qu’on fait des bouddhistes ? Des chrétiens ? Il faut que ce soit écrit ! ». Selon elle, il est possible de changer les esprits en modifiant les lois. «  La société tunisienne a besoin d’être encadrée. C’est très important d’avoir une loi qui impose une séparation entre le religieux et le politique et c’est à nous d’inventer la laïcité aujourd’hui. »

Le documentaire a été diffusé deux fois en Tunisie. La première, le 24 avril 2010 à Tunis, s’était déroulée sans heurts. Lors de la seconde projection au mois de juin, la situation s’est dégradée. Une centaine de manifestants ont saccagé le cinéma Africart à Tunis où le film était projeté. Aujourd’hui, Nadia El Fani ne peut plus rentrer chez elle, sous peine d’emprisonnement. Elle reste néanmoins très optimiste quant à la suite des évènements : « Je suis pour la lutte donc il faut bien penser que l’on va gagner. Maintenant est-ce que ça se fera de mon vivant ? Je ne sais pas. Mais ce n’est pas grave, ce qui est important c’est d’instaurer une culture de la lutte chez tout le monde. »

Visionnez le documentaire en intégralité ici :

Lucile Dalmasso