Martin Hirsch, père des pauvres

A l’occasion de la sortie de son dernier livre Cela devient cher d’être pauvre (éd. Stocks), Martin Hirsch n’a pas hésité à répondre à tous les sujets : son livre, la pauvreté, le RSA des jeunes et même le Service Civique.

Entretien avec Martin Hirsch, rencontré à Mouans-Sartoux, lors de la présentation de son livre Cela devient cher d’être pauvre (éd. Stocks)

Dans votre livre, vous parlez de la « double peine » (le fait qu’une personne pauvre paie proportionnellement plus cher qu’une personne riche NDLR), comment pensez-vous convaincre les entreprises d’agir contre ce phénomène ?

Tout ne dépend pas des entreprises. D’abord, c’est un phénomène qui fait que la facture peut être plus salée pour les personnes qui ont un revenu plus faible. Il y a des choses qui dépendent de l’Etat, par exemple l’énergie. On peut faire une tarification progressive pour l’électricité, pour le gaz et pour l’eau. C’est déjà un gros poste de dépense. Les pouvoirs publics peuvent aussi agir. Par exemple, les tarifs de cantine sont progressifs à l’école primaire mais ne le sont pas au lycée, ça ne dépend pas des entreprises. Ensuite, il y a ce qui peut être fait avec les entreprises. Bout à bout, je ne pense pas que l’on puisse trouver du jour au lendemain une réponse à tout. Si déjà on mettait en œuvre toutes ces idées, là où il y a des volontaires pour appliquer ces idées, ça permettrait de faire gagner je dirais entre 60 et 100 € par mois à des gens modestes.

Les entreprises pourraient être intéressées par ce genre de partenariat ?

Je le pense. Je travaille déjà avec des entreprises notamment sur l’optique, la réparation de voiture, la construction de logements, sur l’alimentation. Cela fait quatre grosses entreprises du CAC40.

Pendant le Festival de Mouans-Sartoux Martin Hirsch a pu échanger avec son public. (crédit : R.A)

Pendant le Festival de Mouans-Sartoux Martin Hirsch a pu échanger avec son public. (crédit : R.A)

Vous parlez aussi dans votre livre des jeux de grattage et de leur incitation à la consommation. Contrairement à la double peine, c’est un choix …

Je ne pense pas que cela soit vraiment un choix. Beaucoup de joueurs sont addicts comme on peut l’être au tabac, à l’alcool, à la drogue. Ils ne peuvent pas s’empêcher de jouer et beaucoup sont pauvres, 80% des joueurs accros sont des personnes qui gagnent moins de 1100€. De la même façon, que l’on réglemente les publicités pour le tabac, on encourage toutes les publicités pour les jeux de hasard et d’argent. Déjà du temps des Romains, on organisait des jeux pour calmer les gens et c’est ce que l’on continue à faire aujourd’hui.

Concernant les aides au logement qui font augmenter les prix des loyers, quelle est votre solution ?

On peut, et c’est ce qui est en train d’être fait, établir des règles sur la manière dont les prix des loyers peuvent augmenter. D’autre part, je dis qu’il faut réorganiser le système pour que les aides au logement soient fusionnées avec d’autres aides. Et ce, pour qu’on ne puisse pas se fonder sur le montant précis de l’aide au logement quand on est propriétaire pour fixer le prix.

Alexia Samuel

Roman Ardeois