Donner la parole aux téléspectateurs par la « social TV »

Hashtags officiels suggérés en bas d’écran, insertion de tweets pendant un programme, prolongation des émissions sur les réseaux sociaux… La social TV  prend plusieurs formes pour un seul but : donner la parole au téléspectateur et surtout, l’écouter (ou le lire). Mardi 5 novembre aux Assises du journalisme, qui se tiennent à Metz, quatre intervenants ont débattu pendant une heure et demie de l’apport de la télé connectée  l’information. Deux choses se dégagent : le phénomène n’en est qu’à ses balbutiements, néanmoins, le spectateur a des choses à offrir.

Un phénomène en pleine croissance

« La télévision, c’est au même niveau que Justin Bieber sur Twitter. » Paul Guyot, président deSemiocast, expose la situation actuelle du phénomène social TV. « Tous les chiffres qu’on vous donne sont faux. C’est très difficile de calculer et mesurer l’importance de la télévision dans les conversations Twitter pour plusieurs raisons : les spams qui profitent des trending topics, les utilisateurs qui commentent sans utiliser de hashtags ou en utilisant des hashtags non officiels, les gens qui commentent ce que les autres commentent, etc. On remarque aussi que, finalement, il y a très peu de spectateurs qui commentent en direct. » S’il ne parle que de Twitter, c’est parce que c’est le seul réseau social utilisée dans la social TV pour le moment. « Les gens écrivent trop long sur Facebook » explique Erwann Gaucher. 

La télévision connectée n’en est qu’à ses humbles débuts et les chaînes mettent en place des outils variés pour donner une place au téléspectateur. Mathieu Bertolo, responsable médias sociaux pourFrance Médias Monde, présente les dispositifs deFrance 24. Pour pouvoir inclure Twitter aux programmes, il a fallu créer des postes de modérateur, qui gèrent le flux et décident des messages qui vont s’afficher à l’écran. Quand une question d’internaute est judicieuse, elle pourra être posée en plateau par l’animateur, et évidemment il est possible de tout commenter grâce au hashtag #DirectF24. L’objectif : une télévision participative et pas passive. On se dirige de plus en plus vers un modèle horizontal et non plus descendant, du journaliste vers le spectateur.

Erwann Gaucher a la parole et l’attention de la salle. (Crédit photo : L.H.)

Erwann Gaucher a la parole et l’attention de la salle. (Crédit photo : L.H.)

« Les gens ont des choses intéressantes à dire »

Erwann Gaucher est responsable de la social TV chez France Télévisions. Au cours du débat, il a délivré un plaidoyer vigoureux de la télévision participative. « Twitter, ce n’est pas le café du commerce ! Les gens ont des choses intéressantes à dire, ils ont des expertises à apporter. » Il donne l’exemple d’une émission de France 3 Pays de Loire qui traitait du sujet houleux de Notre-Dame des Landes. « On a été surpris par la qualité de certains commentaires. Les spectateurs viennent enrichir le débat avec pertinence. » Ils peuvent même aller jusqu’à rappeler des faits auxquels les journalistes n’avaient pas pensé. Alors que Noël Mamère s’exprimait sur Bernard Tapie dans une émission, un twittos a fait remarquer qu’il était inscrit sur sa liste électorale « Energie radicale » en 1994 aux côtés de l’homme d’affaire. Après vérification, l’animateur en plateau a fait la remarque, mettant légèrement en difficulté son invité.

Les réseaux sociaux permettent aussi d’étendre un programme limité par une case horaire sur écran : on peut commencer la discussion avant et la poursuivre ensuite. « On peut discuter d’un documentaire avec son réalisateur, poser des questions sur les méthodes, créer une conversation entre un média et son public » développe Erwann Gaucher. Si la conversation se crée entre eux, il existe tout de même un clivage entre les conversations des médias, et celles des gens selon Nicolas Bry, directeur d’innovations chez Orange. « Si on regarde les photos et les unes de presse sur Hollande, il a l’air d’un loser. Dans la réalité, ce n’est pas ça, les gens sont plutôt optimistes. » La télévision connectée serait-elle un moyen de faire converger les préoccupations des citoyens avec celles des médias ? Il va falloir attendre que le phénomène s’élargisse pour le savoir. 

Lucie Hovhannessian