Journalistes et lobbyistes: les meilleurs ennemis ?

Depuis la fin des années 1970, on assiste à une banalisation des groupes d’influence. Jusqu’alors, les journalistes cherchaient à mettre au grand jour les manoeuvres des lobbyistes. Mais depuis cette date, ces derniers sont devenus une source d’information comme les autres pour les médias.

L’atelier professionnel s’est tenu ce mardi de 9 h 30 à 12 h 30 à Metz. (Crédit photo: J.M)

L’atelier professionnel s’est tenu ce mardi de 9 h 30 à 12 h 30 à Metz. (Crédit photo: J.M)

Ce qui n’est pas sans poser quelques questions déontologiques… Alors que le journaliste doit écrire toujours plus avec un temps et un budget réduits, comment réussit-il à exploiter la source « lobbying » sans tomber dans le piège de groupes d’intérêt à la communication plus que rodée?

La question a été au coeur de l’atelier professionnel organisé ce matin à Metz à l’occasion de la 7ème édition des Assises du journalisme. Retour dans les grandes lignes sur les trois heures d’échanges passionnés entre journalistes et lobbyistes.

Avec en guise d’introduction, une question : C’est quoi le lobbying ?

Le lobbyisme correspond donc à toute structure qui défend un intérêt particulier voire l’intérêt général. Les entreprises ne sont donc pas les seules à mettre en place des groupes de pression. ONG, associations, gouvernement, etc., pratiquent également le lobbying.

Daniel Lebègue, qui a la triple casquette de président de l’Institut Français des Administrateurs, de Transparency International France, et du comité d’éthique et de déontologie du Monde, a par ailleurs une formule choc pour caractériser le lobbying.

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Journaliste, il y a danger

Pour Daniel Lebègue, le journaliste doit respecter quelques règles de bon sens pour ne pas tomber dans le piège du lobbyisme. A savoir : « diversifier et contrôler ses sources et prendre en compte la multiplicité des points de vue et des acteurs de la société pour ne pas avoir une présentation biaisée des choses. »
Et Stéphane Foucart, journaliste au Monde, d’ajouter par précaution : « Il y a toutefois un risque à mettre sur le même plan différents rapports d’experts et différentes sources : celui de donner l’impression à nos lecteurs qu’un débat existe encore sur certaines questions alors qu’elles sont tranchées. Exemple. On doit savoir gommer les quelques revues de seconde zone qui mettent en doute les changements climatiques lorsqu’un énorme corpus corrobore cette thèse. »

En somme, le journaliste doit être attentif à toutes les sources, sans forcément mobiliser chacune d’entre elles dans un article.

Autre grande question du débat. Alors que les rapports d’experts relèvent de plus en plus fréquemment d’un financement privé, doit-on prendre pour argent comptant les éléments contenus dans ceux-ci ?

tweet 3En théorie, non… En pratique, le journaliste n’a ni le temps de le faire, ni les moyens financiers.
« On se rend compte de nos erreurs a posteriori, rarement sur le coup », regrette Stéphane Foucart, journaliste au Monde. Exemple concret. Cette année, 18 chercheurs – « des pointures » – ont signé un texte défendant les perturbateurs endocriniens alors qu’une réflexion sur le sujet était en cours à la Commission européenne.
On peut prospecter que la prise de position de ces chercheurs influence nettement nos députés européens peu connaisseurs du sujet, ainsi que nombre de journalistes. Or, il a été révélé que 17 des signataires avaient des relations étroites avec une industrie scientifique qui voyait d’un mauvais oeil toute modification de la législation sur les perturbateurs endocriniens.
Dans le même genre : les experts grassement payés par des entreprises privées ont parfois la mauvaise habitude de publier des tribunes orientées, s’abstenant de préciser qu’il y a conflit d’intérêt.
tweet 4Le journaliste devrait en théorie « lire les textes de A à Z, ce qui suppose beaucoup de temps », explique Clémentine Forissier, rédactrice en chef de Contexte. « Il ne faut pas être sous la pression de la publication. Quand je reçois 500 mails par jour, je me demande toujours ce qu’il faut en comprendre. Pourquoi c’est écrit ainsi ? Quel est l’objectif ? » Puis la journaliste de reconnaitre que dans la plupart des médias, ni le temps ni l’argent ne sont au rendez-vous et que les journalistes font de leur mieux dans cette situation.La parole aux accusésNicolas Bouvier, président APCO Worldwide International et Emmanuelle Garault, présidente de l’association Base – tous deux lobbyistes – avaient à coeur de défendre leur métier. Il y a des excès selon eux dans le lobbying, mais la déontologie est de rigueur en règle générale. Les deux intervenants souhaitent par ailleurs une plus grande transparence en la matière. « Pourquoi pas une annexe à chaque projet et proposition de loi pour indiquer quels groupes d’intérêts sont intervenus et quelles étaient leurs revendications ? »

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Pour Daniel Lebègue, journalistes et lobbyistes ont d’abord besoin de « règles de jeu ». Le journaliste ne peut pas accepter tous les voyages de presse, tous les cadeaux, etc. Quant au lobbyiste, il ne doit pas user de tous les moyens pour convaincre ses interlocuteurs.
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Contrôle et sanction sont pour les intervenants du débat la seule manière de faire respecter les « règles du jeu », et permettre de siffler la fin d’une récréation qui n’a que trop duré.

Faute de temps, le débat n’a, quant à lui, pas assez duré. A 12 h 30, il a pris fin au moment où des réflexions intéressantes commençaient à être esquissées…
Jérôme Morin