La place du citoyen dans l’information

Pour le dernier jour des Assises du journalisme, une conférence a été donnée sur la question de la place du citoyen dans la fabrique de l’information. Pour répondre à cette question, trois projets ont été présentés devant un jury et une assemblée participative.

La remise des prix s’est tenue dans le hall de l’Arsenal de Metz. (Crédit: Charlotte Palau)

La remise des prix s’est tenue dans le hall de l’Arsenal de Metz. (Crédit: Charlotte Palau)

Avec l’expansion des réseaux sociaux, le monde médiatique a pris conscience que l’information pouvait aussi être générée par les citoyens. Un an et demi après une première édition, il était normal que le thème de la place du citoyen dans la fabrication de l’information soit de nouveau abordé. Si l’idée d’un concours pour élire le meilleur média participatif était une idée séduisante, malheureusement, le rendu est tout autre, et pour tout dire assez décevant.

Des projets non-aboutis

Difficile d’évaluer l’implication des citoyens au sein des différents projets puisque ces derniers sont soit en passe d’être créés soit à peine en train d’émerger. De plus l’aspect économique pose problème dans le concours : certains supports possèdent des fonds alors que d’autres n’ont aucune ressource pécuniaire.

Les premiers à se présenter étaient Renaud Charles et Vianney Delourne. Leur projet de blog, Enlarge your Paris, consiste à répertorier les lieux culturels, les parcs, les musées etc. dans la grande couronne parisienne. « Nous voulons faire évoluer les mentalités et éviter de se tourner automatiquement vers Paris lorsque l’on veut faire des sorties culturelles » assure Renaud Charles, ancien journaliste à lemonde.fr. Comme l’a fait remarquer Christine Menzaghi, membre du jury et représentante de l’association Enjeux e-media, il est pour le moment difficile de comprendre comment les citoyens auront un rôle dans ce média. La thématique principale étantt justement le rôle des individus dans l’information, le projet frôlait le hors sujet.

Les Voix-Zines, les voix off

Stop ! On vous en conjure, arrêtez de voir des causes féministes dans toutes les thématiques. Le thème de ce jeudi était « les citoyens dans la fabrique de l’information » et non « la femme dans la fabrique de l’information ». Les deux créatrices du blog Les Voix-Zines, ont voulu « donner la parole aux femmes pour changer leur image dans les médias. On veut aussi changer l’image de la femme de banlieue dans les médias. » Quels médias ? Quelle est l’image des femmes dans les médias que le journal participatif souhaite changer ? Des questions qui malheureusement resteront sans réponse tant les propos des deux protagonistes étaient évasifs et imprécis.

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Les cinq membres du jury ont voté à l’unanimité pour le projet de Tatiana Kalouguine et Sarah Delattre, enquête ouverte. (Crédit : Nathan Gourdol)

Et la victoire revient à…

L’investigation. Dans ce flou thématique, le site enquête ouverte sort un peu du lot. Le concept ? Proposer une plateforme d’échange avec les internautes sur des sujets d’investigation. Le projet est déjà amorcé, voire presque en place et un sujet-prototype est lancé (« Résidence de tourisme, placement toxique ? »). Tatiana Kalouguine et Sarah Delattre, les deux représentantes du collectif les incorrigibles ont expliqué la naissance du projet grâce au site kisskissbankbank qui leur a permis de récolter 7 700€ de fonds. « Le crowdfunding a permis d’agréger une première communauté de personnes autour du site mais aussi des fonds qui étaient nécessaires » explique Tatiana Kalouguine. « C’est un site qui se veut média d’investigation grand public » complète Sarah Delattre. Cette victoire va leur permettre d’être suivies pendant un an par une équipe de spécialistes afin de tendre à devenir un vrai média. Toutefois, la rédaction émet quelques réserves sur l’aspect « journalisme-citoyen » de ce site. Les interactions entre les gestionnaires de la plateforme et les internautes ne sont assurées que par un onglet « contactez la rédaction », qui propose de remplir un formulaire en ligne pour faire part de son expérience. Suite à quoi les journalistes-pigistes (qui se rémunèrent en moyenne 150€ par papier sur un média nouveau-né dont ils sont parents) effectuent intégralement le travail d’enquête et d’écriture. Entre participation des internautes et récupération de sources, nul doute que la limite est mince.

Charlotte Palau

Axel Bluteau