Newsgames, l’information en jeu vidéo prend date

Première industrie culturelle du monde, le jeu vidéo semble incontournable. Au point de pouvoir prétendre devenir un nouveau média ? La question est en tout cas soulevée, devant le succès auprès des consommateurs des « Newsgames » aussi appelés « Serious Games », des supports éducatifs, pédagogiques et d’information construits sous forme de jeux vidéos. Trois pôles mondiaux semblent émerger en ce qui concerne leur production, un dominant Angleterre-USA, le Brésil, et la France.

Florent Maurin est un des précurseurs du newsgame en France. Pour lui, il constitue un média à part entière. (Photo Nathan Gourdol)

Florent Maurin est un des précurseurs du newsgame en France. Pour lui, il constitue un média à part entière. (Photo Nathan Gourdol)

Du discours à la discussion

Florent Maurin, fondateur de The Pixel Hunt, studio de production de newsgames, explique le succès simplement: « Jusqu’à l’avènement d’Internet, le traitement médiatique était dans le discours. Le jeu vidéo fonctionne quant à lui sur la discussion. Certains sujets nécessitent un dialogue avec le lecteur, et le newsgame le permet. En jouant, l’utilisateur peut poser des questions au système, sur des enjeux qu’il n’a pas compris.»

Tous les sujets peuvent être traités selon Olivier Mauco, concepteur de médias ludiques et docteur en science politique: « Même la politique et l’économie s’y prêtent tout à fait ». Et à ceux qui trouvent le concept trop compliqué, il répond avec un brin d’insolence « On peut apprendre à écrire des jeux vidéos sur un morceau de papier. Pas besoin de savoir coder. Il faut savoir designer la chose. »

Des questions plus déontologiques se posent quant au traitement de l’actualité par les jeux vidéos, notamment avec le nouveau projet de jeu sur la vie d’un clandestin. Même s’il admet que cela puisse choquer, Florent Maurin a un argument de poids pour défendre le traitement de cette réalité difficile « En se mettant dans la peau d’un personnage, on apprend des choses que seul le jeu vidéo peut transmettre. On saisit des enjeux auxquels on ne pensait pas. »

Olivier Mauco l’affirme, "ll faut arrêter de croire que ce sont des gamers purs qui utilisent les newsgames". (Photo Nathan Gourdol)

Olivier Mauco l’affirme, « ll faut arrêter de croire que ce sont des gamers purs qui utilisent les newsgames ». (Photo Nathan Gourdol)

Un problème de crédibilité

Face aux réticences de certains à l’idée de plonger dans l’expérience newsgames, Florent Maurin tente de donner une explication : « En société, c’est toujours délicat de parler de jeu vidéo. Dans les esprits, ça fait ado de 15 ans retardé. Même le mot adopté « serious games », c’est juste pour dire que c’est sérieux. On ne devrait pas avoir besoin de faire ça, on ne dit pas « serious film », un jeu vidéo ne devrait pas devoir justifier sa teneur. » Il prend pour exemple le jeu vidéo qui avait été créé suite au coup de tête du footballeur français Zinédine Zidane sur l’italien Marco Materazzi en finale de la Coupe du Monde 2006 «Certes, ce n’est pas hyper profond, mais ce petit format dit autant qu’un dessin de presse. »

Olivier Mauco insiste sur le fait que les Newsgames s’adressent à tous les publics, en faisant référence au jeu Primaires à gauche « Les jeunes, ça aime Black Obs, les jeux où on tire dans la tête des gens, pas un jeu sur Arnaud Montebourg. Il faut arrêter de croire que ce sont des gamers purs qui sont venus jouer, ce sont des lecteurs normaux du Monde.fr qui ont été séduits par le format. ».

La question de la validité du jeu vidéo pour certaines actualités est posée, notamment avec le jeu Kill Mittal, où des sidérurgistes syndicalistes de Florange doivent abattre leur PDG Lakshmi Mittal. Certains salariés disent avoir souffert de voir leur vie ainsi exposée comme un jeu, et évoquent la peur de décrédibilisation de leur action. D’autres avouent avoir ri de cette initiative. Florent Maurin trouve une comparaison intéressante en ce qui concerne la crédibilité du jeu vidéo « Quelqu’un aurait dit en 1960 qu’un jour on allait couvrir la guerre en BD, on lui aurait dit d’arrêter la drogue. Et pourtant, aujourd’hui ça se fait. Pourquoi pas le jeu vidéo ? ». Xavier de la Vega, réalisateur avec Shiraz Bazin de BeMySavior, va même plus loin « Le traitement de l’information par le jeu vidéo subit les mêmes réactions hostiles que celles du cinéma ou de la télévision à leurs débuts. »

Des diffuseurs hésitants

Le seul modèle viable dans la durée pour un jeu vidéo serait selon les experts de développer une application. Autrement, certains médias osent timidement devenir éditeurs, en ayant compris que le phénomène « Newsgame » prenait. L’exemple donné est celui du jeu TypeRider. Le projet a coûté 400000 euros, avec une partie du financement versée par le fond d’aide aux jeux vidéos, et l’autre partie débloquée par la chaîne Arte. Florent Maurin refuse toutefois de se focaliser sur les chiffres « Il n’ y a pas besoin de 3D ou de super production pour que ça marche. ». Il ajoute qu’un logiciel accessible à tous, Twine, permet de créer des newsgames : «Twine, c’est générer des histoires dont vous êtes le héros ».

Shiraz Bazin tient, elle, à faire remarquer que les newsgames peinent à prendre sur le petit écran : « A la télévision, arriver avec juste un newsgame ne suffira pas à convaincre le diffuseur. Il faut avoir un documentaire à côté par exemple. C’est une logique multisupport, le newsgame n’est qu’un élément important. Sur des sites, c’est différent, le newsgame peut se suffire à lui-même. » La diffusion semble donc loin d’être simple. Un newsgame tel que BeMySavior, par exemple, de Xavier de la Vega et Shiraz Bazin, sera diffusé par ses créateurs. Peut-être le début d’une nouvelle ère.

Nathan Gourdol

Un autre exemple de NewsGame à succès : EndGame Syria