Pour un journalisme sans cliché

Max Jacob disait du cliché qu’il est « un mot de passe commode en conversation pour se passer de sentir ». Pour le journaliste, l’affaire est simple : il doit impérativement se passer de recourir à ce mot de passe. Les lieux communs sont une plaie pour le métier. Les Assises du journalisme ont décidé jeudi 7 novembre à Metz d’honorer pour la septième fois par le « Prix stop aux clichés sur les jeunes » quatre sujets qui ont fait avancer la lutte contre cette erreur.

Ixchel Delaporte, journaliste à L'Humanité, a su décrire la jeunesse des banlieues autrement. (Photo Nathan Gourdol)

Ixchel Delaporte, journaliste à L’Humanité, a su décrire la jeunesse des banlieues autrement. (Photo Nathan Gourdol)

Ixchel Delaporte, sans cliché sur les banlieues

Le premier prix, celui qui concerne la presse écrite, est revenu à Ixchel Delaporte (son blog ici), journaliste au quotidien L’Humanité pour son article intitulé Cité Fafet Amiens bloc 5, le rap des opprimés paru le 29 février 2012. Dans son papier, la journaliste revient sur un groupe de rap du quartier Nord d’Amiens, Bloc 5. La lauréate a puisé dans les nombreux dialogues qu’elle a tenus avec ces jeunes, et dit s’être « attachée à réfléchir attentivement dans le choix des mots » dans son article. Celui-ci est loin des clichés, il ne dépeint par le stéréotype même du jeune de banlieue tel qu’il est en train de rentrer dans l’imaginaire commun. Il ne tombe pas non plus dans l’anticliché, même au moment où l’auteure raconte comment les jeunes du groupe s’en sont sortis grâce à leur musique. Le jury* dit avoir attribué ce prix à l’unanimité, et a été ravi de découvrir la banlieue hors de la couronne francilienne.

Pauline Dordilly, sans cliché sur le décrochage scolaire

Le Prix catégorie Télévision a quant à lui été attribué à Pauline Dordilly, journaliste à France 2, pour son reportage « Décrochage Scolaire » diffusé le 10 mars 2012 dans le cadre de l’émission « 13h15 le samedi ». Celui-ci traitait des jeunes qui se retrouvent sans diplôme à la sortie du lycée. Le décrochage scolaire, souvent traité de manière larmoyante et stéréotypée est vu d’un angle plus original. Pauline Dordilly a notamment illustré le décrochage d’élèves aux situations différentes, notamment celui des surdoués. Le jury affirme avoir apprécié la manière dont la journaliste a scénarisé le reportage, qui respire le vrai.

Gaele Joly, sans cliché sur les fermetures d’usines

Mathieu Beauveau, journaliste au Mouv', a félicité sa collègue Gaele Joly pour son travail de terrain. (Photo Nathan Gourdol)

Mathieu Beauval, journaliste au Mouv’, a félicité sa collègue Gaele Joly pour son travail de terrain. (Photo Nathan Gourdol)

En radio, le Prix est revenu à Gaele Joly, journaliste au Mouv’ à Radio France pour son reportage intitulé Ouvriers, jeunes et dégoûtés passé à l’antenne le 26 décembre 2012. Dans celui-ci, elle est allée à plusieurs reprises à la rencontre de jeunes ouvriers confrontés à la fermeture de leurs usines. Le jury a notamment apprécié la qualité des témoignages, le travail au long cours mené par la journaliste. De plus, le fait de donner la parole aux jeunes dans ces cas de fermeture d’usines est rare, les médias préférant d’ordinaire faire parler les ouvriers proches de la retraite qui auront du mal à retrouver un emploi. Mathieu Beauval, qui est venu récupérer le prix en l’absence de l’intéressée a indiqué qu’elle était en reportage, et lui a rendu hommage en affirmant qu’ « il n’y a rien de mieux qu’une reporter en reportage ».

Raphaëlle Baillot, sans cliché sur le racisme

La surprise est venu du Prix Presse en ligne. En effet, le jury a estimé qu’aucun des articles jugés ne méritait d’être récompensé, même si la qualité est certaine. En remplacement, les 11 jurés ont décidé d’attribuer un « Prix Spécial » à Raphaëlle Baillot, journaliste à Canal+ pour son reportage « Blacks, blancs, beurs, mais pas les jaunes » diffusé dans Le Supplément. Le sujet ne traite pas particulièrement des jeunes, mais a été honoré pour sa faculté à lutter contre les clichés relayés par les médias sur le racisme. La journaliste absente, a envoyé un communiqué, rappelant que la lutte doit continuée citant « les récentes insultes racistes contre la Garde des Sceaux Christiane Taubira ».

Quatre sujets divers et quatre lieux communs évités, des exemples que devrait suivre pour chaque journaliste.

Nathan Gourdol

*composé de Luca Ungaro, Simon Vandenbunder, Marion Abecassis (Jets d’encre), Ambrine Wiart et Freddy Korsaga (Comité jeunes Anacej), Anaïs Modolo, Maxence Bizot et Matthieu Tirelli (RNJA), Benjamin Bourdon et Gaelle Roussigné (Service civique Animafac).

Pour plus d’infos, rendez-vous sur le site stopauxcliches.fr