En Afrique, les médias en quête d’indépendance et de développement

L’Afrique est un continent qui a connu un taux moyen de croissance de 5% pour l’année 2013, selon le FMI. Cette croissance est pourtant loin de toucher l’ensemble des médias francophones qui exercent sur le continent noir. Face à la crise de la presse qui touche certains pays, la pauvreté qui entrave l’accès à l’information et parfois même la censure, un travail de redéfinition du journalisme africain est à mener. Des journalistes venus de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso mais aussi d’Algérie se retrouvent aux Assises pour discuter des conditions d’une révolution numérique pour les médias francophones.

L’avenir des médias africains francophones était également au coeur des débat, mardi (Crédit photo : Marion Mellinger)

L’avenir des médias africains francophones était également au coeur des débat, mardi (Crédit photo : Marion Mellinger)

« La presse ne se vend plus en Côte d’Ivoire. C’est à cause du rôle négatif qu’a joué la presse dans les conflits nationaux », admet Karim Wally, directeur de la rédaction du quotidien ivoirienNord-Sud. « Il faut attirer de nouveaux nos lecteurs. Cette presse ivoirienne est en train de se professionnaliser, de sortir tout doucement la tête de l’eau », poursuit-ilDans un pays qui a subi de lourdes crises politiques, le manque d’indépendance éditorial pose le problème de la neutralité de l’information. « C’est extrêmement dangereux pour un média d’être identifié à un parti politique », estime Olivier Zegna-Rata, co-fondateur d’Afrik.com.« Je pense à la RTI  qui a été la voix de Laurent Gbagbo. Si votre candidat perd les élections, vous vous retrouvez subitement face à un public hostile ». Pour sortir de cette impasse, le président Alassane Ouattara a nommé un nouveau directeur général à la tête de la Radio Télévision ivoirienne en la personne d’Ahmadou Bakayoko (qui n’est autre que le cousin du ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko). C’est une fausse solution puisque la RTI relaye encore la voix du président, certes un autre président, mais cela pause un sérieux problème d’indépendance éditoriale.

« Encore dans le domaine de l’informel »

Autre conséquence de cette crise de confiance envers la presse papier, la télévision s’accapare 80% des annonces publicitaires en Côte d’Ivoire. Cela pose un problème de financement par la vente d’espaces publicitaires au sein du journal. « A la rédaction on essaye de relancer les ventes et de penser à une présence sur le web », tempère Karim Wally. Après seulement une vingtaine d’années d’existence en moyenne pour la jeune presse ivoirienne, celle-ci pense déjà à une adaptation sur le net. Sur ce point, Olivier Zegna-Rata est catégorique : « c‘est le temps qui permet de construire un média ». Le temps, les pays africains n’en ont pas forcément. Alors qu’un peu partout dans le monde, le lectorat s’est déporté vers la presse en ligne, les médias francophones d’Afrique devront probablement composer un jour avec ces problématiques. Pour le moment, la priorité est donnée à l’établissement d’une presse libre et indépendante. « La liberté de la presse des pays africains francophones va aussi de pair avec le professionnalisme des acteurs de l’information. Il n’y a pas beaucoup de sites en ligne au Burkina Faso, seulement quatre ou cinq. On est encore dans le domaine de l’informel donc atteindre un équilibre économique est presque un leurre au Burkina », ajoute Iterre Some, directeur de la publication de Médias Mag.

Internet, abri de fortune

« Sur internet, les autorités algériennes ne peuvent pas censurer. Ils n’ont pas le pouvoir de la Chine. C’est pour nous un espace de liberté considérable, ce que la presse papier n’a pas. Ils ont beaucoup plus peur d’internet que de la presse papier qu’ils peuvent facilement contrôler », explique Abderrahmane Semmar, rédacteur en chef du site d’information Algerie-Focus.com. Pour certains médias du continent africain, la présence sur le net ressemble à une oasis demeurant à l’abri de toute censure. « En Algérie, Renault est le premier annonceur. Personne n’ose écrire d’article sur toutes les conneries que fait Renault. Moi qui suis sur internet, j’ai pas besoin de la pub de Renault pour vivre », poursuit Abderrahmane Semmar. Toutefois, Karim Wally met en garde contre les dérives et les possibles ratés : « Il y a pléthore de sites d’information en ligne qui sont accessibles aux Ivoiriens via les réseaux sociaux. Ils se contentent de balancer des informations sur d’autres sites sans vérifier si ce sont des choses fausses ». C’est, là encore, un danger contre lequel la rigueur et le professionnalisme des journalistes doivent triompher sous peine d’aggraver la réputation des médias. Un dernier paramètre est encore à prendre en compte dans l’équation complexe du développement sur internet de la presse africaine. Sur un continent où le pouvoir d’achat est très faible, il est difficile d’imaginer les citoyens acheter des articles en ligne…

Simon Hue