Faisons le point sur l’éthique

Animé par Marie-Laure Augry,  médiatrice des rédactions de France 3, un débat se tenait ce mercredi 6 novembre aux Assises du journalisme. Son thème : les problèmes déontologiques et éthiques de la profession. Le « baromètre Ethique 2013 », que pouvons nous en retenir ?

Tous les intervenants ont déjà longuement réfléchi sur la notion d’éthique en journalisme. Des avis aiguisés et un débat qui s’est parfois emporté. ( crédit : J.C )

Tous les intervenants ont déjà longuement réfléchi sur la notion d’éthique en journalisme. Des avis aiguisés et un débat qui s’est parfois emporté. (crédit : J.C )

La place des femmes dans la profession

Paradoxalement, le journalisme est un métier qui bafoue certaines règles démocratiques et républicaines. Même dans un milieu qui tente de garantir la pluralité des voix, lorsqu’il s’agit de diriger, les hommes ne sont pas prêts à céder leur place. Sur cent nouveaux journalistes, cinquante-et-une sont des femmes. Mais plus on gravit les échelons de la hiérarchie, moins on trouve de femmes derrière les bureauxLes directions de rédaction sont composées de 72% d’hommes contre 28% de femmes.

Cette année Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, propose une loi pour aligner la proportion d’hommes et de femmes dans les médias, mais aussi dans les personnes interviewées !

Valérie de Senneville travaille aux échos depuis quinze ans et témoigne de son expérience : « Aux Echos, les femmes ne signaient plus leurs articles. Cet été, douze rédacteurs en chef ont été nommés, tous étaient des hommes ! Pourtant la moitié des journalistes aux Echos sont des femmes. Des femmes étaient tout à fait en position d’être nommées, mais on ne nous donnait aucune explication, on n’avait même pas demandé aux femmes si le poste les intéressait ! » Un groupe de femmes a commandé un audit sur les chiffres concernant le salaire, le respect de la parité, mais également sur la place des femmes dans la rédaction . Cet audit sera rendu dans quelques mois, et la direction prendra des décisions en fonction. « Je n’aime pas la parité, on veut pas 50/50 ou prendre la place des hommes, mais on veut un accès juste aux différents postes », précise-t-elle.

 Une marge de manœuvre réduite

 Selon Dominique Pradalié, les journalistes qui se battent pour une meilleure information sont censurés : «Ils sont de moins en moins nombreux car leurs conditions sont très mauvaises. On leur colle une étiquette qui les empêche de travailler. »

Cette rédactrice en chef de France 2, et secrétaire générale du SNJ, avance également que les personnes qui composent la direction du service public « viennent du privé, se font un carnet d’adresse et s’en vont. »

Elle regrette également que la volonté de créer un conseil de presse soit ignorée par la Ministre de la culture et de la communication. Ce à quoi Aurélie Fillipetti a répondu quelques instants plus tard : « l’impulsion de créer une instance déontologique doit venir des journalistes et pas du ministère. Si on impose cette instance, elle perdra de sa légitimité »

Une rupture entre le public, les journalistes et les médias

 Vingt-neuf ans après l’affaire Grégory, vue comme une grande bavure éthique, il demeure une accumulation d’entorses à la déontologie. La conséquence est une fracture entre les médias, les journalistes, et le public :«C’est mortel pour la qualité du débat démocratique, et du métier de journaliste. » ajoute Bertrand Verfaillie.

Les relations entre les publics et les médias n’ont jamais été fusionnelles. Dans l’histoire, la presse a été tenue par les pouvoirs, corruptible, malléable. Aujourd’hui, et contrairement à une idée répandue, la demande d’information est forte. Cette dernière est« insuffisamment satisfaite et s’inscrit dans un climat de remise en cause de l’autorité », selon Bertrand Verfaillie, auteur de l’étude La confiance saigne, éditée par l’Alliance internationale des JournalistesCe dernier poursuit : « Les médias et les journalistes ont scié le pied d’estale sur lequel ils se trouvaient ».

Les nombreuses dérives ont entraîné la perte de confiance du citoyen, comme l’a clamé un membre du public : « Je suis un simple citoyen, mais déçu ! Les débats dans les médias c’est  » pour ou contre ? « , alors que la vie est faite de nuance ! On rend les citoyens intolérants et simples d’esprit. »

Jessica Coudurier