La presse face à l’information européenne

L’Union européenne joue un rôle croissant dans la diffusion de l’information. Le droit à une information indépendante et plurielle est, par ailleurs, inscrit dans la Charte Européenne des Droits Fondamentaux. Pourtant, les sujets européens semblent encore mal traités aux yeux de certains. Pourquoi créer des conditions propices à une information indépendante et plurielle en Europe semble si compliqué ? Un question à laquelle plusieurs invités auront tenté de répondre lors de ces Assises.

Le public était invité à s’attabler avec les intervenants pour être mieux intégré au débat. (crédit : J.C)

Le public était invité à s’attabler avec les intervenants pour être mieux intégré au débat. (crédit : J.C)

Le poids des gouvernements et de l’industrie

Pour les intervenants du débat consacré ce mercredi à l’information à l’échelle européenne, cette dernière fait face à plusieurs difficultés. Ainsi, d’après Fabrice Pozzoli-Montenay, secrétaire général de l’Association des Journalistes Européens, si en France on ne parle pas beaucoup de l’espionnage pratiqué par les Américains, c’est aussi parce que « la France a les mêmes pratiques, parfois en collaboration avec des sociétés américaines». Pour Patrick Appel-Muller, directeur de l’Humanité venu se joindre au débat,certains gouvernements multiplient les tentatives de censure. « Qu’est ce qui fait que le gouvernement britannique peut forcer un journal à détruire des informations ? », questionnait-il en référence à l’affaire Snowden. Et de dénoncer le fait que, par ailleurs, l’ensemble de la presse soit détenue par de grands groupes industriels, empêchant de maintenir le pluralisme de l’information. Par exemple « pour la réformes des retraites, 60 % de la population est contre, maisn’a pas l’impression que ses opinions se reflètent dans la presse et cela à l’échelle Européenne. »regrette-t-il.

L’ignorance du système européen

 «  Hier, six journalistes turcs ont été condamnés à perpétuité, et il n’y a pas une ligne dans la presse. » scande Ricardo Gutiérrez, secrétaire général de la Fédération européenne des Journalistes. Les journaux se désintéressent de l’information concernant l’Europe car ce n’est pas vendeur, mais aussi parce qu’il règne une véritable méconnaissance en matière de droit européen, et même du système en lui même. «Je constate que les rédacteurs en chef ne connaissent pas l’Europe et ne veulent pas traiter ces sujets ! Nombreux sont ceux qui ne savent pas faire la différence entre les différentes instances européennes», déplore le secrétaire général de l’AJE.

Le fait que les formations en journalisme ne se tournent pas vers l’Europe pourrait expliquer ce manque d’instruction. Anna, en master de journalisme, en témoigne : « Les filières européennes en école de journalisme sont un paradoxe. Moi, je prépare un master journalisme spécialisé Europe, mais mon souhait serait que tous les journalistes soient sensibilisés à notre continent. »

Les neuvièmes élections européennes approchent à grand pas et sans information les citoyens ne pourront pas voter pour leur parlement. Fabrice Pozzoli-Montenay nuance toutefois ce constat peu flatteur : « Le Monde a monté une petite cellule « Europe » qui n’existait pas et quelques radios y consacrent des émissions ». Depuis 2005, les mentalités semblent avoir évolué. Face à  la crise économique et aux réflexes identitaires qu’elle suscite dans certains pays, l’Europe apparaît désormais moins comme un acquis. Et les médias nationaux des différents pays de l’UE ont sans nul doute une responsabilité et un rôle essentiel à jouer dans la sensibilisation des citoyens aux enjeux européens.

Jessica Coudurier