Nadia El fani, femme forte

Le nouveau féminisme à coup de seins, l’activisme laïc dans les pays musulmans… Réalisatrice engagée, Nadia El fani n’a pas peur de frapper fort. Elle était invitée à la 26ème édition du Festival du Livre de Mouans-Sartoux qui s’est déroulé du 4 au 6 octobre dernier. Elle y présentait ses documentaires « Laïcité Inch’Allah » (2011) et « Nos seins, nos armes »(2012). Entretien. 

Nadia El fani se trouvait au Festival du livre pour présenter ses documentaires et participer à des débats. M.E

Nadia El fani se trouvait au Festival du livre pour présenter ses documentaires et participer à des débats. M.E

Pourquoi être venue au Festival du Livre de Mouans-Sartoux ? 

Quand j’ai appris la thématique de cette année (« Même pas peur » ndlr), je me suis dit « Mais ce n’est pas possible, vous m’avez volé le titre de mon dernier film « Même pas mal » !» (rires). Je suis également venue pour soutenir une des intervenantes, une amie. Sihem Habchi, l’ancienne présidente de Ni Putes ni Soumises, a été une des premières à me soutenir. Je me devais de lui rendre la pareille.

Pourquoi avoir décidé de réaliser « Laïcité Inch’Allah » ? 

Je voyais monter l’islamisme en Tunisie de façon fulgurante. Il fallait absolument contrer ce qui se passait. Parmi ceux qu’on croit tous musulmans, il y a les autres : les athées, les laïcs…

Dans « Laïcité Inch’Allah », vous vous mettez énormément en scène, mettant à bas à toute forme de neutralité. Pourquoi avoir choisi ce dispositif ?

Tout d’abord, je ne me présente pas comme étant journaliste. Je fais du cinéma d’auteur engagé. Ensuite, je savais que je parlais d’un sujet dangereux. C’était plus honnête de ma part d’être la première à me mettre et en avant, et en danger. Cela étant dit, il est vrai que je ne filme que les activistes laïques et pas les revendications des islamistes. C’était voulu, je le revendique. S’ils le veulent, qu’ils fassent des films. Moi, je les combats grâce au cinéma.

Vous filmez la Tunisie avant et post Révolution. En Occident on a plutôt l’impression que, du Printemps Arabe, est né le chaos…

Et c’est bien normal ! Les médias n’en parlaient pas parce que ça marchait droit. Il y avait des flics partout. Mais la sécurité sans la liberté, à quoi bon ? Aujourd’hui, la liberté d’expression, que l’on a acquise, crée un climat de contestation qui donne cette impression de chaos.

Votre film débute lors de la période du ramadan. Que vouliez-vous dénoncer finalement?

Je veux démontrer que c’est une pratique archaïque qui n’est pas adapté au monde moderne dans lequel nous vivons. Le ramadan tunisien n’est pas la même chose que celui en France. Sous la chaleur et la fatigue, les gens deviennent dingues.

Dans le film « Nos seins, nos armes » diffusé en 2012 sur France 2, vous décryptez notamment le mouvement féministe Femen. Qu’en pensez-vous ? 

Je n’adhère pas à tout ce qu’elles font mais je les soutiens. Je trouve que leur combat est juste. Elles veulent affirmer que les femmes sont les maîtres de leur corps. Aujourd’hui c’est la nudité des femmes qui choque, pas celle des hommes. Cela veut dire qu’on enferme les femmes dans une image strictement sexuelle. Les femmes auront gagné leur combat quand on arrêtera de les déshabiller dans les publicités pour vendre n’importe quel yaourt.

Cela veut-il dire que le féminisme « vêtu » est dépassé ?

Le combat des femmes est un combat collectif. On a besoin des Femen mais aussi des autres.

Une des grandes critiques envers les Femen est au sujet de leur financement –occulte-…

C’est en effet la grande question. De mon côté, je n’ai pas vu qu’elles vivaient dans l’opulence ni qu’elles avaient de l’argent. Mais toute cette polémique, c’est de leur faute. Je pense que cela vient de leur mentalité. Elles ont le goût du secret pour tout… De la même façon, j’ai détesté la polémique autour du rôle de Victor. Il aurait été facile pour elles d’y mettre un terme mais elles n’en ont pas parlé.

Vous hébergez actuellement Amina qui s’est éloignée du mouvement Femen…

L’ambiance est un peu froide parfois. Elle est en contradiction avec elle-même. Taxer les Femen d’islamophobie c’est des conneries. Quand elles brûlent le drapeau salafiste devant la Grande de Mosquée de Paris, elles savent très bien à quoi elles s’attaquent. Amina elle-même avait pointé du doigt les extrémistes à une époque.

A son âge (19 ans ndlr) et avec tout ce qu’elle a vécu peut-être…

L’âge n’a rien à voir avec ça. Et même s’il faut le payer par l’exil, ce n’est pas grave. La liberté, ça n’a pas de prix.

Méline Escrihuela