L’horizon s’éclaircit pour Cantat. Critique et écoute.

Dix ans qu’il n’avait pas sorti un album. Dix ans qu’il n’avait pas été dans une rubrique culturelle, mais plutôt dans celle des faits divers. Après son retour polémique, dont nous avons fait état ici, Bertrand Cantat sort un album avec son ami Pascal Humbert. Adieu Noir Désir et bonjour à Détroit. Pour la première fois, l’ex-leader du groupe légendaire des années 90 évoque en chansons ses années sombres en prison. L’artiste livre un album aux influences multiples, à la recherche d’un nouveau départ, vers de nouveaux horizons.

Bertrand Cantat en concert aux Eurockéennes. Photo : D.R.

Bertrand Cantat en concert aux Eurockéennes. Photo : D.R.

Chacun essayera de décrypter ses chansons pour y déceler un lien avec Marie Trintignant. Cantat avait pour interdiction de s’exprimer publiquement sur cette affaire jusqu’à la fin de sa peine en juillet 2010. Affaire terminée et peine purgée, l’homme est maintenant libre de se confier. Ce Cantat là nous offre un album en douze chansons d’une sincérité limitée. Mais le résultat est tout aussi surprenant : 46 minutes de rock et de folk entrelacés. Envoûtant. A écouter entièrement en ligne ici.

Du folk-country-blues à l’électro

« Ma Muse » ouvre l’album. Les rimes ne manquent pas, « ça m’amuse que tu sois ma muse », le rythme y est. Tout est bien qui commence bien. Et la suite est également à la hauteur. « Glimmer In Your Eyes » (Lueur dans tes yeux) suit, avec sa mélodie à la Radiohead. Les instruments à cordes y marquent les tons. Fidèle à lui-même, Cantat chante aussi bien en anglais. Même chose sur « Null and Void », où Bertrand Cantat semble plus libéré. Dans ce morceau dévoilé début novembre sur Internet, l’artiste chante sa souffrance –ou seulement une infime partie de celle-ci. « Null and void », autrement dit « Nul et non avenu ». Tout est dit.

Deux chansons qui se détachent particulièrement de l’album, témoignant ainsi du talent d’auteur intact de Cantat. La voix décharnée et enraillée de Cantat se déploie sur « Le Creux de ta Main » et sur le titre grunge « Horizon ». Puis un détour sur des ballades. Les guitares acoustiques transportent « Ange de Désolation » et « Droit dans le Soleil ». L’album varie entre voix entrelacées ou envoûtantes, en passant par du folk-country-blues jusqu’à l’électro.

« Sa Majesté » nous prouve une fois de plus que Cantat a des choses à dire. Le peuple de « sa Majesté » y est apparenté à des « toutous », métaphore approuvée par des aboiements de chiens. Le tout est rattaché par des interludes (Détroit – 1 et Détroit – 2), une recette parfaite. Avant de terminer par une reprise d’ « Avec le temps », de Léo Ferré. « Avec le temps, va, tout s’en va », nous chante-t-il, comme pour plaider sa rédemption.

Les années en prison évoquées

L’auditeur est pris à partie, comme avec « Le Creux de ta Main ». A la manière de Gainsbourg, Cantat nous chuchote à l’oreille. Comme s’il voulait donner sa version des faits après tout ce qui s’est dit dans les médias. Les riffs de guitare rappellent aussi « L’Homme Pressé », qui ravira les nostalgiques de l’époque Noir Désir. Un auditeur aussi interpelé sur « Horizon », titre éponyme de l’album, mi slam, mi chant mystique. Cantat semble crier toute sa rage, sur fond de guitare et d’harmonica. Le résultat est spectaculaire, sans doute la meilleure chanson de l’album.

Bertrand Cantat évoque ses années passées en prison : « Cherche ton horizon, traverse les cloisons », « Combien de temps, combien de temps déjà passé dans ce tunnel (…), éternellement enfoui derrière la porte close et la vitre sans teint ? » Des paroles qui font écho aux confidences faites aux Inrockuptibles en octobre dernier. Mais de là à le chanter, une première pour l’artiste. « Jusqu’ici, Bertrand n’avait pas fait de références directes à sa vie. Là, il y en a. » témoigne Didier Estèbe, ancien manager de Noir Désir, dans une interview à France Bleu.

Des confidences difficiles à admettre, tout comme le retour de l’artiste. « Il a fallu tout analyser – avec de l’aide, je ne le cache pas – pour recommencer : à quoi bon sortir un disque si c’est pour se faire défoncer ? Mais un truc a fini par surgir de ces questions, de ce combat », disait-il aux Inrockuptibles. Une aide notamment du metteur en scène Wajdi Mouawad, et des membres du groupe Shaka Ponk, a permis ce retour musical réussi pour le poète le plus maudit des maudits. Les dates de sa tournée 2014 ne manqueront donc pas de tomber !

Juliette Redivo