Entretien exclusif : Christian Taylor, dans les pas des légendes américaines

Ces derniers temps, lorsque le grand public entend « athlétisme », il pense immédiatement aux exploits des sprinteurs jamaïquains, le roi Usaïn Bolt en tête. C’est trop vite oublier la patrie reine de l’athlétisme : les Etats-Unis. La nouvelle génération d’athlètes américains porte l’héritage des Carl Lewis, Jessie Owens, Michael Johnson, ou encore Maurice Greene.

Christian Taylor reste le concurrent numéro 1 de Teddy Tamgho, le français champion du monde 2013. (Photo Nathan Gourdol)

Christian Taylor est le rival numéro 1 de Teddy Tamgho, le français champion du monde 2013. (Photo Nathan Gourdol)

Parmi la relève de ces légendes, on trouve un jeune surdoué du triple-saut nommé Christian Taylor. Jeune mais déjà parmi les étoiles. A 23 ans, le natif de Fayetteville possède un palmarès à faire pâlir de jalousie, aussi imposant que ses biceps. Il a connu le rêve suprême, le titre olympique, aux Jeux de Londres en 2012. Il est également monté sur le toit du monde, avec un titre de champion planétaire en 2011 en Daegu. A cela il faut ajouter une Ligue de Diamant en 2012, deux titres nationaux en 2011 et 2012, et un sacre mondial chez les jeunes à Ostrava en 2007.

Inutile de continuer. Vous l’aurez compris, Christian Taylor est dans les pas de ses glorieux aînés. Et sa gentillesse, additionnée au reste, prouve que le garçon a tout du champion. Entretien exceptionnel avec l’étoile du triple-saut.

christian-taylorTout d’abord, comment est née votre passion pour l’athlétisme ?

A l’origine je suis entré dans le sport en jouant au football. J’ai toujours été très rapide. Je me suis alors dit que je devrais également essayer l’athlétisme.

Pourquoi avez-vous choisi le triple-saut ?

Le choix de pratiquer le triple-saut a été accidentel. J’ai essayé le saut en longueur, et je me suis éclaté avec ça. Mais ensuite, j’ai entendu parler du triple-saut, qui présentait d’autres défis qui m’ont attiré.

Déjà champion olympique et du monde, Christian Taylor vise désormais les records. (Photo D.R.)

Déjà champion olympique et du monde, Christian Taylor vise désormais les records. (Photo D.R.)

Quels sont les sportifs qui vous ont fait rêver ?

J’ai admiré plusieurs athlètes comme Dwight Philips et Walter Davis. Et bien sûr Jonathan Edwards.

Vous avez 23 ans, et vous êtes déjà champion du monde et olympique. Est-ce que vous réalisez tout cela ?

Oui j’ai 23 ans et j’ai très tôt connu le succès. Mais je prévois de faire de plus grandes choses encore à l’avenir. Je vise le record d’Amérique puis le record du monde.

A Moscou (lors des Championnats du monde d’athlétisme en Août 2013), vous avez fini 4ème. Est-ce une déception pour vous ?

La quatrième place à Moscou a été très difficile à accepter au début. Mais avec le recul, c’est devenu la meilleure chose qui me soit arrivée. Cela a été un avertissement, un coup de semonce, et un défi pour que je récupère ma place en haut du podium.

En France, nous avons notre champion, Teddy Tamgho. Que pensez-vous de lui ? Est-il meilleur que vous ?

Je suis Teddy depuis de nombreuses années et j’admire vraiment sa façon de sauter et l’esprit agressif qui l’anime lors des compétitions. Je me réjouis de la rivalité croissante qui va s’imposer tout au long de notre carrière.

Le point fort de Christian Taylor est la mise en action de ses sauts. (Photo Nathan Gourdol)

Le point fort de Christian Taylor est la mise en action de ses sauts. (Photo Nathan Gourdol)

Que pensez-vous de l’équipe de France d’athlétisme ?

Je crois que l’équipe de France est très forte et poursuit sa progression. Entre le saut à la perche, le triple-saut, la longueur femmes et les relais, la France peut être l’un des principaux aspirants aux succès dans un avenir proche. C’est très intéressant à observer.

Parfois, en France, nous critiquons l’arrogance des athlètes américains. Que voulez-vous répondre à cela ?

Je ne crois pas qu’il soit juste de mettre tous les athlètes d’un même pays dans une catégorie. Il y aura toujours ceux qui croient qu’ils sont à un niveau différent et qui l’afficheront de différentes façons. Mais chaque pays a des athlètes de ce genre. Certains peuvent considérer cela comme une très grande confiance en soi de la part de l’athlète. Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’être suffisant ou arrogant. Les temps ou les distances doivent parler d’eux-mêmes. Être humble et confiant, je crois que c’est la meilleure façon d’être.

L'américain ne fait pas partie des sauteurs les plus extravagants, mais sa décontraction est reconnu sur le circuit. (Phot Nathan Gourdol)

L’américain ne fait pas partie des sauteurs les plus extravagants, mais sa décontraction est reconnu sur le circuit. (Phot Nathan Gourdol)

En France, on rapporte parfois les cas de dopage aux USA, celui de Tyson Gay récemment par exemple. Pour nous, vous êtes tous suspects… (rires). Est-ce qu’aux États-Unis le public a confiance en vous ?

En ce qui concerne les tests anti-dopage aux États-Unis, l’athlétisme n’est pas très concerné et la question du dopage ne fait pas systématiquement la Une comme c’est le cas en Europe. Ce n’est jamais bon pour le sport quand les gens sont contrôlés positifs à ces tests. Je crois que cela donne une mauvaise publicité au sport dans son ensemble. Pas seulement en Amérique.

Voulez-vous essayer une autre épreuve avant la fin de votre carrière ? Le 400 m ?

Oui ! Dès cette année, je vais faire quelques courses 400 m car je crois que j’ai des qualités inexploitées que je voudrais tester.

Pour finir, quels sont vos grands objectifs pour l’avenir ?

Lorsque je regarde vers l’avenir, mon objectif est d’être le meilleur athlète possible. Je veux aider à promouvoir l’athlétisme dans son ensemble. Auprès du public, nous sommes en général très éclipsés par la piste*. Donc, si je peux contribuer à inciter plus de téléspectateurs à regarder l’athlétisme de terrain*, je crois que j’aurai fait ma part pour le sport.

English version

Nathan Gourdol

*En athlétisme, on distingue les épreuves de la piste (les différentes courses) des épreuves du terrain (les sauts et lancers).