Sur les traces de Maurice Herzog…

Voilà un mois maintenant que Stéphane Benoist et Yannick Graziani ont atteint le sommet de l’Annapurna (8 091 mètres) dans l’Himalaya, par la face sud. Ces guides de montagne, respectivement originaires de Nice et Tourrettes-sur-Loup, ont réussi la mythique ascension du dixième sommet le plus haut du monde le 24 octobre dernier. Retour sur cette extraordinaire aventure.

Le sommet himalayen le plus dangereux enfin atteint

Les deux alpinistes auront mis huit jours pour atteindre l’un des Eldorados des amoureux de la montagne. Le 8000 le plus dangereux de la chaîne himalayenne et le plus mortel aussi (un mort pour deux ascensions réussies). Une folie ? Peut- être, car en plus, ils l’ont gravi dans le style alpin ; autrement dit sans oxygène, sans corde fixe, sans grosse logistique et sans sherpa (guide de montagne dans l’Himalaya) En tout cas, un but à atteindre pour tous les aventuriers de la montagne. Ils marchent ainsi sur les traces de Maurice Herzog qui fut le premier à gravir un sommet de plus de 8000 mètres d’altitude, le 3 juin 1950.

Yannick Graziani au sommet de l'Annapurna / Source : D.R.

Yannick Graziani au sommet de l’Annapurna / Source : D.R.

Une expédition à couper le souffle … et les orteils !

La tâche se complique entre 7100 et 7500 mètres : une paroi qui semble infranchissable, une température de -30°C et l’oxygène qui devient rare. Stéphane Benoist remarque qu’« [ils] ne s’attend[aient] pas à ce que cela soit aussi raide ». Mais ils y arrivent enfin, contrairement à leur première tentative en 2010 (la météo les avait arrêtés à 6800m). Ils n’y resteront qu’une vingtaine de minutes mais les deux s’accordent sur le fait que « c’est vraiment un moment merveilleux avec, en plus, un panorama exceptionnel. C’est vraiment génial ».

Malheureusement pour Stéphane Benoist, sa santé se dégrade lors de la descente. Il souffre de gelures aux doigts et aux orteils. Il devra être amputé des premières phalanges de quelques doigts et de huit orteils. Le guide de haute montagne hospitalisé à Nice début novembre devra passer une visite de contrôle mardi 26 novembre.

« Ma vie, c’est la montagne »

L’homme qui rêvait de cette expédition depuis longtemps reconnaît que l’alpinisme est une pratique risquée. Ernest Hemingway disait d’ailleurs qu’ « il y a seulement trois sports : la tauromachie, la course automobile et l’alpinisme, tous les autres ne sont rien que des jeux d’enfants !». Pour autant, Yannick Graziani n’abandonnera pas son métier. Il adaptera sa pratique pour faire vivre encore sa passion. Il compte reprendre son activité de professeur à l’école d’alpinisme de Chamonix au printemps prochain. Car comme l’alpiniste le dit si bien « moi, ma vie c’est la montagne ».

Camille Degano